Le concours AD5, organisé pour la première fois depuis sept ans, attire un nombre record de candidats. Les postes de fonctionnaires européens, synonymes de stabilité et de carrière diversifiée, suscitent un engouement sans précédent.
Les institutions européennes font rêver. Cette année, elles ont relancé leur grand concours généraliste, baptisé AD5, pour recruter 750 nouveaux fonctionnaires européens. Résultat: 175’000 candidats, soit trois fois plus qu’attendu, espèrent décrocher l’un des rares postes permanents au sein de l’Union européenne.
Pour Andras Baneth, ancien fonctionnaire européen et fondateur d’EU Training, une entreprise qui prépare les candidats au concours, cet engouement s’explique par l’attrait de la stabilité et des avantages offerts par ces postes.
« On peut commencer un travail dans un poste, mais après deux ou trois ans, on peut évoluer, changer tout en gardant le grade, le salaire et les bénéfices », explique-t-il dans l’émission Tout un monde. Les salaires promis ne sont pas étrangers à cet intérêt. Ils oscillent entre 6000 et 7000 euros par mois.
Un concours exigeant et redouté
Le concours AD5, qui se déroulera entièrement en ligne, est réputé pour sa difficulté. Il comprend des tests de raisonnement, des QCM sur la matière européenne, ainsi que des épreuves de compétences digitales et de communication écrite. Tereza, une jeune candidate tchèque de 27 ans, confie: « Ce qui me fait le plus peur, ce sont les questions de raisonnement abstrait. J’ai toujours trouvé une autre réponse que la bonne ».
Max, un consultant suédois à durée déterminée auprès des institutions européennes, se prépare depuis un an. Pour le quinquagénaire, ce concours est « un marathon » et il souligne l’importance de travailler en amont, notamment sur les connaissances européennes, car les questions peuvent être très pointues. « Il peut s’agir de tout, comme le nombre de machines à coudre que l’Union européenne a exportées en 2022 », exemplifie-t-il.
Une forte disparité géographique
Un autre fait marquant de ce concours est la surreprésentation des candidats issus des pays du sud de l’Europe. Sur les 175’000 inscrits, près de 80’000 sont italiens, alors que ces derniers ne représentent que 11 % des effectifs de la Commission. A titre de comparaison, la Suède, le Danemark et la Finlande réunis comptent à peine 6000 candidats.
Andras Baneth explique cette disparité par l’enthousiasme que suscite l’Union européenne, pouvant différer selon les pays, et par les écarts de salaires entre les pays du Sud et ceux proposés par l’UE. « En comparaison, dans certains pays scandinaves, les salaires locaux sont vraiment très compétitifs par rapport aux institutions européennes », remarque-t-il.
Rapprocher l’Europe des citoyens
Au-delà des chiffres, ce concours illustre les défis auxquels fait face l’Union européenne. Si le statut de fonctionnaire impose une loyauté envers l’intérêt européen, certains candidats espèrent que cette nouvelle génération contribuera à rapprocher les institutions des citoyens. « Il manque peut-être un peu de contact avec le terrain et les acteurs », estime Tereza.
Pour les 175’000 candidats, l’Europe reste un projet ambitieux et complexe, mais toujours porteur d’espoir. Une chose est sûre: réussir le concours AD5 demande une préparation rigoureuse et une motivation sans faille.
Sujet radio: Aleksandra Planinic, correspondante à Bruxelles
Article web: jfe