La sélection 2026 du festival Séries Mania, qui s’est achevé vendredi à Lille, a encore brillé par sa qualité. Si les déchets se comptent sur le doigt d’une main, le choix s’est avéré délicat pour ne retenir que six séries qu’il faudra voir à tout prix lorsqu’elles sortiront sur les plateformes de streaming ou à la télévision.
Dommage pour l’excellente série carcérale et hôtelière de luxe « Privilèges » visible sur HBO Max, pour « Small Prophets », une tragi-comédie british sur un deuil impossible mâtinée de fantastique, pour la très enlevée « Proud », dans laquelle un homosexuel polonais à la vie débridée est contraint de gérer le bébé de sa défunte sœur ou encore pour « Ethernal », aussi original que sublime polar belge où les morts parlent dans des enceintes Bluetooth. Sans compter « Eldorado », autre série belge sur le scandale des avions renifleurs, ou « Dear Killer Nannies » qui raconte Pablo Escobar à hauteur d’enfant, du point de vue de son fils. Malgré leurs qualités évidentes, ces séries ont été écartées pour en retenir six autres encore plus réussies.
« Variola Vera », thriller politico-médical
La série parfaite existe. Irréprochable sur la forme autant que sur le fond et le son, avec un jazz parfois déchirant, « Variola Vera » vous embarque dans un tourbillon enivrant. L’image, magnifique, alterne noir et blanc somptueux, couleurs soyeuses et joue l’insert discret d’archives. Même les méchants sont beaux!
La reconstitution de ces années 1960 dans cette ville polonaise où une épidémie de variole va faire des ravages est fabuleuse. Un journaliste muselé par le Parti va mener sa propre enquête après le décès de son épouse et de son enfant à l’hôpital, et découvrir un scandale d’Etat. Pour ne pas entacher la préparation d’un évènement sportif, les autorités dissimulent par tous les moyens cette épidémie mortelle.
Le résultat virtuose dépasse la vulgaire reconstitution historique d’une histoire réelle dans une série qui joue à merveille sur différents registres: l’espionnage, le thriller politico-médical et le drame familial. Aucune date de sortie n’est encore annoncée.
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« The Flaws », comédie muette
La série la plus drôle nous vient d’Allemagne. Le délire d’une troupe de théâtre adepte de Buster Keaton, Chaplin et Tati. Pas de dialogue ou seulement parfois des borborygmes. L’action se situe dans un open space avec des fonctionnaires nuls, observés de près par un trio de contrôleurs. Sous pression, les employés commettent des bourdes. Le chef se plaît à les motiver en leur annonçant qu’il y aura des escalopes panées à la cantine. Folie des employés, sauf que les contrôleurs, qui mangent aussi à la cantine, vont choisir la salade! De fait, tout le monde va manger de la salade à contre-cœur pour ne pas être mal noté. Le rapport tombe. Il faut virer la moitié du personnel jugé incompétent et envoyer l’autre moitié dans un stage de perfectionnement dans un entrepôt. Problème: le chef vire les bons et garde les mauvais par erreur.
Derrière le plaisir enfantin du slapstick fendard ultra efficace, la série dénonce les comportements en entreprise d’employés-moutons qui fonctionnent souvent en troupeau. Génial! Aucune date de sortie n’est encore annoncée.
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« Prisoner 951 », thriller diplomatico-carcéral
La série la plus bouleversante est coproduite par la BBC et retrace le calvaire de Nazanin Zaghari-Ratcliffe, otage d’Etat en Iran. Citoyenne à double nationalité britannique et iranienne, cette jeune mère de famille est arrêtée à l’aéroport de Téhéran, condamnée pour espionnage et incarcérée dans les geôles des Gardiens de la révolution.
La série s’attarde sur les interrogatoires et les conditions déplorables d’emprisonnement, sur les pressions exercées sur sa famille iranienne ainsi que sur la médiatisation de cette affaire orchestrée par son époux en Angleterre pour obliger les diplomates à agir en faveur de la libération de sa femme.
Cette affaire Ratcliffe, qui a défrayé la chronique en 2016, relate avec émotion et précision l’arbitraire d’un régime autoritaire autant que la souffrance engendrée par ce type d’injustice. Narges Rachidi et Joseph Fiennes sont excellents. Diffusée sur la BBC en novembre 2025, la série n’a pas encore de date de diffusion en France et en Suisse.
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« Dustfall », polar glaçant
La série la plus remuante se présente comme un polar dans le Queensland australien. Une jeune fille violée, le corps ravagé, est retrouvée hagarde au matin dans un champ de cannes à sucre sans souvenirs du terrible viol en bande organisée qu’elle a subi. La détective Tig Pollard prend l’affaire en charge alors que surgit en même temps de son passé un ex-compagnon qui va le replonger dans un trauma de son adolescence.
Au-delà du polar, c’est toute la place donnée aux victimes de violences sexuelles qui est ici en jeu, une parole trop souvent minimisée qui se heurte au déni, voire au silence. Malgré le sordide de l’intrigue et la violence des agressions, la délicatesse de la mise en scène tranche et apporte un peu de beauté dans ce monde moche.
A signaler la présence de Juliette Stevenson (« The Deal ») dans le rôle de la mère un peu frappée de l’héroïne enquêtrice Anna Torv (« The Last of Us »). La série a été acquise par la BBC, elle est attendue sur BBC One et iPlayer et il est probable qu’elle soit diffusée sur d’autres plateformes internationales au cours de l’année 2026.
Anna Torv dans la série « Dustfall ». [DR – Vince-Valitutti] « Paolo », thriller politico-psychologique
La série avec le personnage le plus dingue et fascinant se nomme « Paolo » et met en scène Jérôme Niel. Paolo voue une obsession maladive et toxique pour Téophane, le candidat à l’élection municipale. Paolo n’hésite pas à fracasser le crâne du chauffeur de Téophane à coup d’antivol dans un élan de rage incontrôlé, car ce dernier a eu des mots trop durs à l’égard du politique. Cette mort violente marque le début d’une relation de plus en plus trouble entre ce dingo à la psyché ravagée peut-être échappé du « Maniac » de William Lustig et l’autre, plus mesuré, qui sent bien que quelque chose cloche.
Qui est ce mec qui, dès qu’il bouge un index, donne le frisson et l’impression qu’il peut vriller et tuer de sang-froid? Quel évènement du passé le lie à ce Téophane? Jusqu’où ira-t-il pour protéger son candidat adoré? « Paolo » est le portrait d’un type qui a une bombe prête à exploser dans la tête et est incarné par un Jérôme Niel phénoménal! A voir en 2026 sur la plateforme Max.
Une image de la série « Paolo ». [Warner Bros Discovery – Alessandro Clemenza] « Camarades », comédie d’époque
Qui y a-t-il de plus significatif: l’acte de ne pas voter ou celui de voter? L’abstention est-elle révolutionnaire ou le signe d’une complicité passive avec le système? Comment faire comprendre à une prostituée que la marchandisation de l’acte sexuel est une grave dérive du capitalisme? Et la lutte des femmes pour l’égalité, doit-elle se faire en non-mixité? Le mariage est-il une forme de prostitution?
Voici autant de questions qui agitaient l’université de Vincennes en 1969 et qui demeurent toujours d’actualité, d’où l’importance de la série « Camarades » qui retranscrit la vie tumultueuse de cet établissement autogéré devenu un repère de gauchistes, que l’Etat français a eu tôt fait de détruire au bulldozer.
Benjamin Charbit (« Sous contrôle ») et Dominique Baumard (« Le bureau des légendes ») signent une série chorale savoureuse, mêlant fiction et archives, intelligente et drôle pour mieux inviter à la réflexion avec entre autres au générique ce sacré coco de Grégory Gadebois et Vincent Elbaz en flic de droite, bien dans son patriarcat. La diffusion est prévue courant 2026.
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Philippe Congiusti/ld