«My Delhi, My Pride», lit-on en lettres géantes à un carrefour près de chez moi. L’attachement à la ville voudrait transcender les castes et les religions. Il n’en est rien. Delhi est un assemblage de ghettos. L’identité delhiite est de circonstance, les natifs autoproclamés étant souvent issus d’un village du nord de l’Inde, idéalisé par les grands-parents. L’image du hameau paisible bercé de champs fertiles reste la référence, et peu importe s’il est devenu une ville crasseuse, bordée de pylônes électriques, où les enfants n’iront jamais…»

Les lecteurs du Temps connaissent bien le nom de Vanessa Dougnac, qui a signé des dizaines de reportages ou d’analyses pour la presse francophone depuis l’Inde où elle a vécu vingt-cinq ans, arrivée comme thésarde et restée comme journaliste. Son récit Jungles est une déclaration d’amour à ce pays qu’elle a pratiqué dans tous les sens et dans toutes les strates de la société. C’est aussi un testament, comme lorsqu’on fait la liste de ses biens pour les partager avant de partir: les richesses de la journaliste ce sont ses rencontres, ses reportages et sa langue, chaleureuse comme du safran, qui ne tombe jamais dans l’anecdotique mais cherche toujours le mot juste, pour accompagner la fin de son histoire d’amour.