Pour atteindre les électeurs, certains responsables politiques investissent les réseaux sociaux, avec des formats soignés et des codes empruntés aux créateurs de contenu. Déjà bien installée à l’étranger, cette tendance gagne désormais le Palais fédéral.

Depuis un an et demi, Marcel Dettling, président de l’UDC, s’est lancé dans le podcast. Pendant une quinzaine de minutes, le conseiller national schwyzois y donne la réplique à Vivienne Huber, 24 ans, elle aussi membre de l’UDC. Ensemble, ils passent en revue les positions du parti sur l’imposition individuelle, l’initiative SSR ou encore l’immigration.

« Quand on s’est lancé, on nous a dit: ‘Enfin, vous faites quelque chose pour les jeunes' », commente-t-il au micro du 19h30 de la RTS. Selon Marcel Dettling, ce format en ligne permet de toucher un public plus jeune, qui regarde moins les médias traditionnels.

Avec plus de 20’000 vues en moyenne par épisode, l’UDC se félicite du succès de cette production, qu’elle attribue notamment à la complémentarité des deux podcasteurs: « Avec Vivienne Huber, nous avons choisi une jeune talentueuse, issue du parti. Elle incarne les habitants des zones urbaines, tandis que moi, je viens d’une région rurale. Et cela fonctionne très bien. »

L’UDC n’est d’ailleurs pas la seule à disposer de sa propre production. Le Parti socialiste a aussi son podcast, tout comme les élus Thomas Matter (UDC/ZH) ou Magdalena Martullo-Blocher (UDC/GR).

Des formats courts pour capter l’attention

Benoît Gaillard, conseiller national socialiste vaudois, mise lui plutôt sur les formats courts et verticaux. Sur son compte Instagram, il publie régulièrement des vidéos qu’il souhaite axées sur des thèmes du quotidien. « J’ai envie d’activer les gens, de les mobiliser vers la politique », explique-t-il. « Primes d’assurance maladie, places de garderie: quand on parle de ce qui préoccupe les gens, ils écoutent. Ça ne veut pas dire qu’ils sont d’accords, mais ils écoutent. »

« Ce qui marche aussi, c’est de redonner aux gens la conscience qu’ils peuvent agir », ajoute Benoît Gaillard. « Par leur bulletin de vote, parfois par la signature d’une pétition ou d’une initiative, les gens peuvent bouger ce qui les préoccupe dans leur quotidien. »

La stratégie semble porter ses fruits: certaines vidéos cumulent des centaines de milliers de vues, bien plus que le nombre d’abonnés du Vaudois.

Reste à savoir si cette popularité numérique se traduira dans les urnes. En Suisse, le vote reste largement structuré autour des partis, plutôt que des personnalités.

Elias Baillif/juma