La recherche sur la maladie d’Alzheimer franchit peut-être un cap décisif. Des chercheurs de l’Institut des neurosciences de l’Université de Barcelone ont mis au point un composé inédit, baptisé FLAV-27, dont les résultats obtenus sur des modèles animaux sont particulièrement encourageants.

Contrairement aux traitements existants qui ciblent les protéines associées à la maladie, cette nouvelle molécule agit en amont, directement sur les mécanismes moléculaires fondamentaux. Une approche radicalement différente, qui pourrait ouvrir une voie thérapeutique entièrement nouvelle contre la première cause de démence au monde.

Les limites des traitements actuels : un constat qui appelle une rupture

Depuis des années, la stratégie dominante dans la lutte contre Alzheimer repose sur l’élimination des plaques de protéine amyloïde-bêta — des agrégats pathologiques s’accumulant entre et à l’intérieur des cellules cérébrales. Des anticorps monoclonaux comme le lécanemab ou le donanemab ont représenté des avancées réelles dans ce domaine, ralentissant la progression de la maladie d’environ 30 % lorsque le traitement est initié précocement.

Néanmoins, aucun de ces médicaments ne parvient à inverser le déclin cognitif déjà installé. Les thérapies ciblant la protéine tau, autre marqueur de la pathologie, ne s’avèrent guère plus concluantes. Face à ces résultats insuffisants, une partie de la communauté scientifique en vient à remettre en question le paradigme dominant : et si les protéines ciblées jusqu’ici n’étaient que des symptômes de la maladie, et non ses causes profondes ?

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FLAV-27 : une molécule qui reprogramme l’épigénome des neurones

C’est précisément sur ce terrain inexploré que s’aventure FLAV-27. La molécule agit en inhibant une enzyme cérébrale spécifique, l’EHMT2 — également connue sous le nom de G9a — impliquée dans la régulation épigénétique du cerveau. En conditions normales, G9a peut réduire au silence des gènes essentiels au développement cellulaire, à la plasticité synaptique et aux processus de mémorisation.

FLAV-27 neutralise G9a en bloquant une molécule nécessaire à son fonctionnement, l’adénosylméthionine. Ce faisant, il restaure une expression génique plus conforme à la physiologie normale des cellules cérébrales. Aina Bellver-Sanchis, première auteure de l’étude et biologiste moléculaire, insiste sur la portée de cette approche : la molécule n’agit pas sur un seul biomarqueur, mais directement sur les mécanismes moléculaires sous-jacents de la maladie.

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Des résultats précliniques prometteurs sur plusieurs modèles animaux

Les expérimentations menées successivement sur des cultures cellulaires, des nématodes (Caenorhabditis elegans) et des souris livrent des résultats notables. Chez le ver nématode, FLAV-27 améliore la mobilité, prolonge la durée de vie et stimule la respiration mitochondriale — processus fondamental pour l’alimentation énergétique des cellules.

Plus significatif encore : dans des modèles murins simulant des formes précoces et tardives d’Alzheimer, la molécule a restauré les performances mnésiques, les comportements sociaux et la fonctionnalité synaptique. En réduisant simultanément les plaques amyloïdes et les enchevêtrements de tau dans les cellules cérébrales, elle suggère que la dérégulation épigénétique pourrait constituer un mécanisme central reliant l’ensemble des marqueurs pathologiques de la maladie.

La publication dans Molecular Therapy souligne toutefois la prudence nécessaire : des études de toxicologie sur au moins deux espèces animales, ainsi que plusieurs étapes réglementaires, restent indispensables avant toute perspective d’essais cliniques humains.

SOURCE : ScienceAlert