Avec les discussions à venir entre la Suisse et l’Union européenne, Roger de Weck, président de la Fondation Jean Monnet, estime que Berne « a tout intérêt à structurer » ses relations avec Bruxelles, au regard du contexte mondial actuel. Mieux vaut négocier ses conditions maintenant que les subir plus tard, déclare-t-il au micro de La Matinale mercredi.

« Nous avons tout intérêt à structurer nos relations avec notre grand et seul voisin, l’Union européenne, dans ce contexte mondial avec la guerre en Iran, avec celle en Ukraine, avec les tensions mondiales », indique pour commencer celui qui a succédé en février à Pat Cox à la tête de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe, une institution européenne dont le siège est à Lausanne.

Il pointe du doigt « une grande désintégration de l’ordre mondial » et estime que l’UE est la seule force stabilisatrice.

« Personnellement, j’ai toujours été en faveur de l’adhésion à l’Union européenne parce que je pense que si nous attendons trop longtemps, nous finirons par y adhérer, mais à des conditions moins bonnes » que celles que nous aurions obtenues en négociant aujourd’hui, insiste Roger de Weck.

Le président de la Fondation Jean Monnet estime que la Suisse est en « position de force », pouvant donc demander une exception, comme celle de garder le franc, par exemple. Mais au contraire, si elle attend pour négocier, elle adhèrera « tôt ou tard à l’Union, de mauvaise humeur et sans grand poids », prévient-il.

La sécurité suisse en jeu

Selon Roger de Weck, les accords permettraient à la Suisse de structurer sa relation avec l’UE sur trois aspects: économique, démocratique et stratégique. « Je pense que nous pourrons ainsi maintenir, voire développer, notre démocratie directe », souligne l’invité.

Il ajoute que l’Europe doit faire face à trois grandes puissances autoritaires, soit la Chine de Xi Jinping, la Russie de Vladimir Poutine et les Etats-Unis de Donald Trump, et à un arc d’instabilité, allant de « l’Ukraine, au Caucase, à la Turquie dictatoriale, au Proche-Orient, au Maghreb, au Golfe, au Sahel et aux pays qui sont en dissolution comme la Libye ».

Il y a une pression extérieure immense sur l’Europe et la Suisse, comme pendant la Seconde Guerre mondiale avec les nazis au nord, les fascistes au sud et les pétainistes à l’ouest

Roger de Weck, président de la Fondation Jean Monnet

« Il y a une pression extérieure immense sur l’Europe et la Suisse, comme pendant la Seconde Guerre mondiale avec les nazis au nord, les fascistes au sud et les pétainistes à l’ouest », observe encore Roger de Weck qui y voit une raison de renforcer la cohésion européenne plutôt que de la fragmenter.

Une défense européenne sans les Etats-Unis

C’est ce que l’UE semble amorcer en reconstituant une Communauté européenne de défense. Cette coalition ad hoc d’Etats européens permettra de financer et coordonner une défense commune dont la Suisse, pourtant non-membre de l’UE, serait malgré tout tributaire, selon Roger de Weck.

L’invité anticipe par ailleurs que le président américain pourrait annoncer le retrait des Etats-Unis de l’OTAN, qui garantit la sécurité européenne. Dans ce cas, la sécurité de la Suisse, pourtant non-membre de l’Alliance, serait indirectement touchée, estime-il. « A partir du moment où les Européens doivent financer leur sécurité eux-mêmes, la Suisse devra participer à cet effort solidaire. »

Et de souligner que « de concert avec l’OTAN durant des décennies, l’UE a été un facteur de paix et de stabilité absolument important » et qu' »elle a une responsabilité encore plus grande aujourd’hui ».

Propos recueillis par Pietro Bugnon

Article web: Julie Marty