À entendre les syndicats genevois, c’est à proprement parler une «déclaration de guerre». «On a l’habitude de convoquer la presse, mais on ne s’était jamais trouvé devant une situation aussi grave», a reconnu mercredi le secrétaire syndical d’Unia José Sebastiao, casque de chantier rouge posé devant lui, flanqué de ses camarades du SIT et de Syna. En cause: la décision prise par le patronat de dénoncer les dispositions spécifiques qui offrent aux maçons locaux des conditions de travail plus avantageuses que dans le reste de la Suisse. «La conséquence, ce sera un effondrement des salaires sans précédent», tonne José Sebastiao.

Pour comprendre ce qui se joue au bout du Léman, il convient de remonter quelques mois en arrière. Souvenez-vous, c’était à l’automne dernier. Des milliers d’ouvriers prenaient la rue dans plusieurs villes du pays afin de faire entendre leurs revendications. À Genève, deux jours de grèves avaient paralysé le centre-ville. Une mobilisation qui a porté ses fruits. En décembre, patronat et syndicat s’accordaient pour renouveler la convention nationale pour le secteur principal de la construction (maçons, mais aussi grutiers, constructeurs de fondations…). À la clé, une nouvelle réglementation du temps de travail et de déplacement, un paquet salarial, ainsi qu’un mécanisme sécurisant le pouvoir d’achat en cas de renchérissement. Ce «compromis équilibré», comme le qualifiaient les faîtières patronales, introduit dès cette année une indemnité de chantier de 4 francs par jour qui atteindra 9 francs en 2028.