Elle a le sourire, la ministre des Finances jurassiennes Rosalie Beuret Siess, ce mercredi matin dans la salle du parlement cantonal: «Les comptes 2025 sont bons, et ce n’est pas un poisson d’avril!» Ils affichent un petit bénéfice de 400 000 francs, alors que le budget prévoyait une perte de 6,1 millions de francs. Cette amélioration s’explique en partie par une hausse des recettes fiscales et un contrôle renforcé des charges, mais aussi par les 16,7 millions de dividendes reçus de la Banque nationale suisse. La socialiste rappelle que jusqu’en 2024, l’Etat jurassien intégrait ces versements dans son budget, ce qui lui avait parfois valu de mauvaises surprises. Désormais, ils en sont exclus et servent à alimenter un fonds permettant de lisser les variations annuelles.
Ce résultat redonne un peu de souffle au canton, qui sortira prochainement son deuxième plan d’économies depuis 2014, pour un montant total cumulé d’environ 70 millions de francs annuels. Cela peut sembler peu vu de Genève ou de Vaud, mais cette somme correspond à environ 7% du budget jurassien. Il ne s’agit toutefois pas encore de crier victoire, car les effets des mesures prises devront être pérennisés. «Notre principal défi est de sortir du déficit structurel qui subsiste et où l’on peine à trouver un équilibre sur la durée, afin de pouvoir investir davantage dans des projets», relève Rosalie Beuret Siess.
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«Il faut rester lucide et prudent»
Ce, d’autant plus que certains domaines continuent de peser très largement sur le porte-monnaie cantonal. Les principales charges de transfert (santé, assurances sociales, action sociale, formation, communes) représentent à elles seules 48,5% des dépenses de l’Etat. «La bonne nouvelle, c’est que nous avons pu diminuer notre dette de 410 à 390 millions de francs tout en renforçant nos fonds propres. Le risque de découvert que nous craignions et qui aurait nui à notre capacité d’investissement s’éloigne quelque peu. Mais il faut rester lucide et prudent sur la gestion de nos ressources», poursuit la ministre.
Les plans d’économies sont-ils pour un temps de l’histoire ancienne dans le Jura? «Je souhaiterais évidemment vous dire que oui», répond la socialiste. Comme tous les cantons de Suisse, le Jura devra répondre à des changements imposés au niveau fédéral. «La réforme sur le financement des soins EFAS, la fin de l’imposition de la valeur locative et le programme d’allègement budgétaire de la Confédération affecteront nos finances à hauteur de 25 à 30 millions de francs par an. On essaie de consolider nos structures financières. Mais à chaque exercice, des décisions nous arrivent comme de grandes marées. A cela s’ajoute l’incertitude internationale qui pèse sur notre économie. Pour l’instant, elle se montre plus résiliente qu’attendu.»
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En finir avec les économies comme seul point de mire
Lors de la campagne des élections cantonales de l’automne dernier, de nombreux candidats regrettaient le manque de projets d’envergure pour le Jura et son rayonnement. «Ces comptes sont un premier pilier sur lequel on peut s’appuyer pour l’avenir, conclut Rosalie Beuret Siess. Il faut laisser le nouveau Gouvernement établir son programme de législature qui sera présenté après les vacances d’été. Nous travaillons véritablement à sortir de ce contexte où les économies sont le seul point de mire des autorités, afin de trouver de nouvelles perspectives et de redonner du dynamisme au canton.»