Avec la guerre en Iran, on parle du prix du pétrole tous les jours. Après les attaques sur les infrastructures et le blocage du détroit d’Ormuz, son cours s’est envolé. Mais quel cours? En réalité, le pétrole en a plusieurs et tous n’ont pas réagi aussi fort.
Le Brent comme référence
En général, la référence en matière de pétrole, c’est le baril de Brent de la mer du Nord, du nom d’un champ pétrolier situé entre la Norvège et le Royaume-Uni.
Mais ce prix sert à de l’or noir extrait dans les quatre coins du monde. Si ce cours est devenu une référence, c’est parce que le Brent de la mer du Nord a des caractéristiques particulières: facile à transporter puisqu’il est extrait en mer, dans une région politiquement stable et il est reconnu sur les principaux marchés mondiaux. En ce moment, il s’échange autour de 115 dollars le baril, soit presque le double par rapport au début de l’année.
Le WTI américain
Le WTI, qui a lui aussi grimpé depuis le début de l’année, mais vient à peine de dépasser les 100 dollars le baril, est la référence du marché américain. Il est compliqué à transporter, ce qui explique son prix plus bas, qui correspond à une forme de rabais pour compenser ces coûts de transport.
Le brut d’Oman ou de Dubaï
Les écarts de prix sont normaux, mais avec la guerre en Iran, les différences sont devenues parfois extrêmes, comme on le voit avec des barils d’autres régions. Le brut d’Oman a atteint des niveaux records, dépassant les 150 dollars, parce qu’il est disponible sans passer par le détroit d’Ormuz et qu’il est donc très demandé. Le pétrole qui s’échange à Dubaï flambe lui aussi parce qu’il se fait rare. Entre le blocage de ce passage stratégique qui connecte le golfe Persique et le golfe d’Oman, les attaques sur les infrastructures pétrolières de plusieurs pays et les bateaux qui manquent, les cours se sont envolés avant de revenir à des niveaux plus proches du Brent.
Les détroits de Malacca et d’Ormuz sont les passages les plus stratégiques pour le commerce pétrolier. [RTS – Géopolitis]
Selon beaucoup d’experts, si le conflit s’installe dans la durée, tous les prix devraient converger vers ceux du Moyen-Orient, y compris les autres références comme celui de la mer du Nord ou des Etats-Unis. En cause, les risques de pénuries et les difficultés d’acheminement.
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Une qualité variable… et des taxes
En plus du coût de transport et des enjeux géopolitiques, un autre élément explique les différences entre les cours: le pétrole n’est pas un produit identique partout. Sa qualité varie, certains bruts sont lourds, avec plus ou moins de sulfate. Ils sont donc plus ou moins compliqués et chers à raffiner.
Ceci ne donne pas encore le prix à la pompe. Car celui-ci dépend aussi des taxes qui sont plus ou moins élevées en fonction des pays. En Suisse par exemple, les impôts représentent la moitié du prix au litre. C’est le cas dans la plupart des pays de l’Union européenne, contrairement aux Etats-Unis qui taxent moins fortement l’essence. Le prix y est donc généralement moins haut. Pourtant, il a aussi largement progressé depuis le début de la crise, signe que la spéculation et l’opportunisme jouent aussi un rôle dans ce que débourse in fine le consommateur.
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Mathilde Farine