Il suffit parfois de franchir un seuil pour changer d’époque. Une porte qui grince, une lumière qui glisse sur un parquet ancien, et soudain, le passé respire encore. Avec son nouveau hors-série de la collection patrimoine, Paris Match propose dès aujourd’hui cette traversée singulière : entrer chez ceux qui ont marqué l’histoire, non pas par leurs œuvres seules, mais par les lieux qu’ils ont habités. Au fil de 132 pages magnifiquement illustrées.

À la rédaction en chef, Stéphane Bern, dont la passion pour le patrimoine irrigue chaque page. « Ce ne sont pas des musées. Ça nous dévoile davantage que des musées qui ont été confectionnés de toutes pièces par des conservateurs. Qui comme leur nom l’indique, conservent, insiste-t-il. On entre dans ces maisons comme dans l’univers des artistes. Elles vous racontent. Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es… »

Et c’est bien cette porosité entre l’homme et le lieu qui donne au numéro sa tonalité si particulière.

La couverture de Paris Match, collection patrimoine, Dans l’intimité des génies

La couverture de Paris Match, collection patrimoine, Dans l’intimité des génies
DR

L’architecture de sphères du Palais Bulles

Car ces maisons racontent autrement. À Hauteville house, sur Guernesey, Victor Hugo continue de faire face à la mer, comme suspendu dans son exil. Au 5 bis rue de Verneuil à Paris, le chaos maîtrisé de Serge Gainsbourg dit l’homme mieux que n’importe quelle biographie. Au Clos Lucé (Indre-et-Loire), Léonard de Vinci laisse flotter l’ombre d’un génie en perpétuelle invention. Il y a encore la maison de Salvador Dali (à qui Stéphane Bern a emprunté l’incroyable moustache en couverture de ce hors-série) à Portlligat, en Espagne, racontée par Amanda Lear.

Mais c’est sur la Côte d’Azur que le hors-série prend une couleur particulière. Ici, la lumière ne se contente pas d’éclairer les œuvres : elle les façonne. Elle entre dans les maisons, s’accroche aux murs, devient presque matière.

Première halte de ce hors-série, dont les reportages azuréens sont signés Marthe Durand : le Palais Bulles, à Théoule-sur-Mer, où Pierre Cardin, s’il n’a pas décidé de la construction du lieu imaginé en 1975 par Antti Lovag pour l’industriel Pierre Bernard, a donné corps à une vision presque irréelle. Une architecture de sphères, posée face à la Méditerranée, comme un rêve futuriste échappé du réel. « Une folie architecturale », confie Stéphane Bern.

Le Palais Bulles, en 2020 

Le Palais Bulles, en 2020 
FRANZ CHAVAROCHE

« J’y ai tourné un Sagas, il y a 20 ans au moins ! C’est un endroit fascinant et qui correspond tout à fait à Pierre Cardin. Au personnage que j’ai connu et qui m’amusait beaucoup parce qu’il était assez tordant. Dans sa folie, son originalité, il était très avant-gardiste. »

L’œuvre totale de Santo Sospir

Dans la Villa Santo Sospir, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, Jean Cocteau a, lui, inscrit l’art dans la peau même des murs. Fresques tracées à main levée, lignes qui épousent les volumes : la maison devient œuvre totale, fragile et précieuse. Un lieu « inoubliable », confie Monsieur Patrimoine, conscient aussi de la nécessité de préserver ces trésors. « Tout aurait pu être envahi parce qu’il y a eu une remontée d’eau. La maison a été rachetée, les fresques ont été restaurées. Et tout ça est très bien fait. »

La villa Santo Sospir en 2016

La villa Santo Sospir en 2016
Franz Chavaroche / Nice Matin

Et puis il y a Henri Matisse, dont la présence à Nice et Vence dépasse les murs. Le hors-série dessine un parcours dans la ville, entre ateliers, paysages et musées. Ici, la lumière devient langage. « La maquette est ainsi faite qu’on a essayé de mettre en relief des choses vues à Nice et des choses qu’il a peintes. Ça montre bien combien les couleurs d’une ville imprègnent l’œuvre de l’artiste », rappelle Stéphane Bern.

La maison où vécut Matisse à Nice sur le cours Saleya

La maison où vécut Matisse à Nice sur le cours Saleya
Nice Matin

Ces maisons, qu’elles soient battues par les vents ou baignées de soleil, racontent la même chose : une intimité devenue patrimoine.

À Monaco, pour la visite du Pape

Labellisées « Maisons des Illustres », elles attirent aujourd’hui des millions de visiteurs (pour celles qui sont ouvertes au public, ce qui n’est pas le cas des azuréennes), « preuve d’un besoin croissant de ressentir l’histoire autant que de la connaître », sourit l’animateur que l’on a récemment vu sur le parquet de Danse avec les stars et qui vient d’être réélu conseiller municipal dans sa commune du Perche.

Au terme de son discours, le premier de la journée, aux fenêtres du Palais, le pape a salué longuement la foule entouré de la famille Grimaldi.

Et pendant que ces lieux continuent de murmurer, Stéphane Bern, lui, poursuit sa traversée du patrimoine. Entre les tournages de Secrets d’Histoire, dont une halte à Tarascon est prévue pour un épisode autour des reines de Provence, la préparation du prochain Le Village préféré des Français — l’édition 2026 est en cours, avec Bormes-les-Mimosas dans le Var en lice — et des déplacements au plus près de l’actualité, comme sa présence dernièrement au Bal de la rose ou pour la visite papale à Monaco, le passeur d’histoire ne s’arrête jamais.

Dans l’intimité des génies. Hors série patrimoine Paris Match. En vente en kiosques à partir du 2 avril. 9,50 euros.