Une ambition verticale qui dépasse tous les records.
À Djeddah, un projet hors norme est en train de redéfinir les limites de l’ingénierie moderne. La tour de Djeddah (ou Jeddah Tower si vous préférez) vise une hauteur d’au moins 1 008 mètres, soit 180 mètres de plus que la Burj Khalifa, aujourd’hui détenteur du record mondial.
Le chantier, après pas mal de déboires, avance bien et vient de franchir la barre du 95e étage… plus que 72 !
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Le projet démarre officiellement en 2013, porté par la société Kingdom Holding Company et imaginé par l’architecte américain Adrian Smith.
Tout semble alors aligné pour la chasse au record… jusqu’à l’arrêt brutal du chantier en 2018. En cause : tensions internes, purge politique en Arabie saoudite et, quelques années plus tard, la pandémie de Covid-19. Résultat : la tour reste figée à environ un tiers de sa hauteur.
Le redémarrage intervient en 2023, puis s’accélère en 2025. Début 2026, le chantier dépasse le 95e étage, avec une fin de chantier prévue pour 2028.
Quelques chiffres pour mesurer l’ampleur du projet :
1,2 milliard de dollars (≈ 1,1 milliard d’euros) pour la tour seule
167 étages et 252 niveaux au total
243 866 m² de surface
57 ascenseurs, dont certains à double cabine
Un chantier qui avance désormais à un rythme soutenu, grâce à de nouveaux moyens techniques et logistiques.
Construire sur du sable et du corail : un défi d’ingénierie
Élever une structure de plus d’un kilomètre n’est pas qu’une question de hauteur, c’est surtout un problème de stabilité. Le site, situé près de la mer Rouge, repose sur un sol complexe mêlant calcaire poreux et sable instable.
La solution adoptée relève presque de l’ingénierie extrême :
270 pieux en béton enfoncés jusqu’à plus de 100 mètres de profondeur
Une dalle de fondation de 4,5 à 5 mètres d’épaisseur
Un poids total estimé à plus de 900 000 tonnes
Le bâtiment repose sur un système dit de « noyau contreforté », une évolution directe de celui utilisé pour le Burj Khalifa. Concrètement, la tour est structurée autour d’un cœur triangulaire renforcé par trois ailes, ce qui permet de mieux résister aux vents violents en altitude.
À plus de 800 mètres, le vent devient un véritable adversaire. Pour limiter les oscillations, les ingénieurs ont intégré des amortisseurs de masse pesant jusqu’à 870 tonnes, capables de réduire les mouvements de la structure d’environ 30 %.
Le chantier de la tour de Djeddah en 2016, illustrant les premières phases d’élévation de cette mégastructure au cœur du projet urbain saoudien.
Crédit : Ammar Shaker – Wikimedia Commons
Une ville verticale pensée pour vivre et travailler
La tour de Djeddah ne sera pas qu’un symbole. Elle est conçue comme une ville à elle seule, combinant plusieurs usages dans un même volume :
hôtel de luxe (Four Seasons)
appartements haut de gamme
bureaux de classe A
espaces commerciaux
plateforme d’observation la plus haute du monde (à plus de 630 mètres)
L’objectif est clair : rentabiliser non seulement la tour, mais surtout tout ce qui l’entoure. Car dans ce type de projet, le véritable levier économique n’est pas le bâtiment lui-même, mais la valorisation du quartier.
La tour s’inscrit dans un projet plus vaste : Jeddah Economic City, un développement urbain de 5,2 km² estimé à plus de 20 milliards de dollars (≈ 18,5 milliards d’euros).
Un levier économique et politique pour l’Arabie saoudite
Au-delà de l’exploit technique, la tour de Djeddah s’inscrit dans une stratégie nationale. L’Arabie saoudite investit massivement dans les infrastructures, avec plus de 400 milliards de dollars prévus sur plusieurs années.
Dans ce contexte, la tour joue plusieurs rôles :
attirer les capitaux internationaux
soutenir le marché immobilier local
accompagner une population en forte croissance
renforcer l’image du pays à l’échelle mondiale
Le pays construit aujourd’hui environ 900 logements par jour pour répondre à la demande. Des projets comme celui-ci participent à structurer cette expansion.
Une prouesse technique mais surtout un message
Construire un bâtiment de plus d’un kilomètre est aujourd’hui possible. Les ingénieurs le confirment : la limite n’est plus vraiment technique, elle est économique, environnementale et logistique.
La Jeddah Tower illustre parfaitement cette réalité. Elle ne cherche pas seulement à être la plus haute, elle veut incarner une vision : celle d’un pays qui mise sur l’innovation, l’urbanisme et la puissance économique pour s’imposer sur la scène mondiale.
Reste une question en suspens : dans un monde où les contraintes énergétiques et environnementales deviennent centrales, ce type de projet représente-t-il l’avenir… ou l’apogée d’un modèle en train d’évoluer ?
Le top 10 des plus grands immeubles du monde en 2026
Rang
Bâtiment
Ville / Pays
Hauteur
1
Burj Khalifa
Dubaï, Émirats arabes unis
828 m
2
Merdeka 118
Kuala Lumpur, Malaisie
678,9 m
3
Shanghai Tower
Shanghai, Chine
632 m
4
Abraj Al-Bait Clock Tower
La Mecque, Arabie saoudite
601 m
5
Ping An Finance Center
Shenzhen, Chine
599 m
6
Lotte World Tower
Séoul, Corée du Sud
555 m
7
One World Trade Center
New York, États-Unis
541 m
8
Guangzhou CTF Finance Centre
Guangzhou, Chine
530 m
9
Tianjin CTF Finance Centre
Tianjin, Chine
530 m
10
CITIC Tower
Pékin, Chine
528 m
Sources :
Skyscraper Museum, Jeddah Tower (date non précisée),
page descriptive présentant la Jeddah Tower, ses caractéristiques techniques, sa hauteur prévue dépassant le kilomètre, ainsi que son positionnement comme futur plus haut gratte-ciel du monde.
Newsweek, Construction of world’s tallest building Jeddah Tower resumes (date non précisée),
https://www.newsweek.com/construction-world-tallest-building-jeddah-tower-11737647
article relatant la reprise des travaux de la Jeddah Tower en Arabie saoudite, détaillant les enjeux financiers, techniques et symboliques de ce projet emblématique.