L’avocat général a demandé, en appel, la « confirmation totale » du jugement de première instance, qui condamnait l’actrice pour s’être fictivement domiciliée au Portugal en 2016 et 2017.
Le parquet général a requis jeudi à Paris contre Isabelle Adjani une peine de 18 à 24 mois de prison avec sursis probatoire et 250 000 euros d’amende, avec exécution provisoire, ainsi que deux ans d’inéligibilité, pour fraude fiscale aggravée et blanchiment devant la cour d’appel de Paris.
Absente de son premier procès, Isabelle Adjani « a pu assister aux débats et répondre aux questions de la cour » mais « sans modifier l’analyse juridique des faits », a estimé l’avocat général Laurent Couderc, qui a demandé la « confirmation totale du jugement de première instance ».
La veille, la star s’est défendue d’être une « voleuse », se décrivant comme la « proie » de « prédateurs », « victime d’escroqueries successives ». « Je vais être honnête, je n’ai jamais rempli une fiche d’impôt. Et heureusement, car ça aurait été désastreux (…). J’ai la phobie des papiers », a expliqué l’actrice, la voix serrée, à la barre.
L’État a beau multiplier les plans de lutte contre la fraude, les contrôles fiscaux rapportent… de moins en moins
« Abusée » par son entourage
L’artiste de 70 ans avait été condamnée en première instance pour s’être fictivement domiciliée au Portugal en 2016 et 2017, avoir dissimulé une donation en prêt en 2013 et avoir fait transiter une somme via les États-Unis en 2014.
« Mes affaires, je les ai confiées à des gens pour qu’elles soient gérées en bonne et due forme », a-t-elle déclaré, rejetant la faute sur ses conseillers fiscaux. Mais également sur ceux qui l’ont, selon elle, abusée : l’un des gérants de sa société Isia Films et son ex-compagnon, le médecin Stéphane Delajoux.
« J’ai tout payé pour lui et sa famille. Il a été condamné pour escroquerie, mais j’ai cru qu’il était victime d’une conspiration dans son propre milieu, comme moi en 1987 avec le sida (une fausse rumeur lui attribuait la maladie, NDLR) », a déclaré Isabelle Adjani, qui accuse aussi le médecin « d’avoir euthanasié sa mère ».
Gims annonce la sortie d’une nouvelle chanson, où il s’imagine « mis aux arrêts »
« Manque d’empathie » de la cour
« Vous aviez pourtant un conseiller fiscal ? », lui a demandé l’avocat général, Laurent Couderc. « Je n’ai pas été capable de jauger de sa virtuosité en la matière », a-t-elle répondu. Domiciliée à Carcavelos au Portugal, l’actrice a expliqué avoir « toutes ses affaires au Portugal » mais « ne pas être ancrée », ni « confinée à résidence ».
« Il est évident qu’elle était résidente en France avec une résidence non habituelle au Portugal », a fait valoir Ralph Boussier, l’avocat de la Direction générale des finances publiques (DGFiP). « Toute la vie fiscale de Madame Adjani est un habillage permanent, on saute d’une dette à une autre, de gentils donateurs vous donnent un appartement gratuit ou deux millions d’euros », a-t-il ajouté.
«Je paie des impôts en France» : Florent Pagny revient sur les accusations de fraude fiscale
Au sujet des deux millions d’euros versés par Mamadou Diagna Ndiaye, un homme d’affaires, l’actrice a démenti avoir cherché à masquer une donation pour échapper à 1,2 million d’euros de droits de mutation. « Je savais que j’avais du temps pour le rembourser, il m’a fait un avenant, il m’a libérée de l’obsession de le rembourser car il n’avait pas besoin que ce soit rapide. »
L’avocat d’Isabelle Adjani, David Lepidi, a plaidé la relaxe, dénonçant « le manque d’empathie » du ministère public, une qualité dont l’actrice s’est plusieurs fois réclamée mercredi à la barre.