Cette découverte a eu lieu en début d’année 2026 et a été publiée dans la revue Science. Une équipe internationale coordonnée par le Wellcome Sanger Institute de Cambridge, avec la participation de l’université Cornell, de l’Ontario Veterinary College et de l’université de Berne, a séquencé l’ADN de 493 tumeurs félines provenant de cinq pays différents.
Ces échantillons couvraient 13 types de cancers distincts. Les similitudes génétiques observées avec les cancers humains ouvrent des perspectives thérapeutiques inédites pour les deux espèces.
Un gène commun au cœur des cancers félins et humains
Chiffre saisissant : le gène TP53, régulateur central du cycle cellulaire, était muté dans 33 % des tumeurs félines analysées. Ce pourcentage est presque identique aux 34 % relevés dans une étude portant sur des cancers humains. Cette convergence génétique ne surprend pas totalement les spécialistes.
Le Dr Bruce Kornreich, directeur du Cornell Feline Health Center, souligne un élément clé : chats et humains partagent le même environnement domestique. Contrairement aux souris de laboratoire, le chat est exposé aux mêmes polluants, aux mêmes perturbateurs potentiels que son propriétaire. C’est précisément ce qui rend cette espèce si pertinente pour la recherche biomédicale.

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La Dr Latasha Ludwig, pathologiste vétérinaire à Cornell et coautrice de l’étude, formule cette idée clairement : « Nous ne considérons plus ces problèmes comme séparés, mais comme un défi biologique commun ». Cette vision s’inscrit dans le concept de One Health (Santé unique), qui promeut la circulation des données entre médecine vétérinaire et médecine humaine.

Le cancer est une maladie fréquente chez le chat mais encore mal comprise. Une étude menée sur près de 500 chats a permis de mieux connaître les gènes impliqués, offrant ainsi une base pour comparer la biologie des cancers entre les chats et les humains. © Pawel Kacperek, iStock
Des mutations partagées qui ouvrent la voie à de nouveaux traitements
Au-delà du gène TP53, l’étude a identifié des parallèles génétiques sur plusieurs types de cancers. Voici les principaux domaines concernés :
Cancer mammaire : sept gènes « drivers » communs identifiés.Cancers du sang, des os et des poumons : mutations similaires détectées.Carcinome épidermoïde cutané : signatures génétiques liées aux UV, comparables à celles de certains cancers humains de la peau.Cancers du système digestif et du système nerveux central : parallèles génétiques relevés.
Le cancer mammaire félin mérite une attention particulière. Les chercheurs ont isolé sept gènes dont les mutations déclenchent la maladie. Le plus fréquemment altéré, FBXW7, était présent dans plus de la moitié des tumeurs mammaires étudiées. Chez la femme, ce même gène est associé à un pronostic défavorable dans les cancers du sein.

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Plus concrètement, des tests sur cultures cellulaires ont montré que certaines chimiothérapies ciblées agissaient plus efficacement sur les tumeurs félines porteuses de cette mutation FBXW7. Des études complémentaires restent nécessaires, mais la piste est prometteuse pour les deux espèces.
Le carcinome cutané félin illustre également l’importance de l’environnement partagé. Ses signatures génétiques liées aux rayons UV ressemblent à celles observées dans certains mélanomes humains. « Cela illustre notre environnement partagé », note la Dr Ludwig.
L’ensemble des 493 échantillons constitue désormais une base de données en libre accès. La Dr Louise Van Der Weyden, autrice principale et chercheuse au Wellcome Sanger Institute, qualifie ces travaux de plus grande avancée jamais accomplie en oncologie féline. La Dr Ludwig résume l’ambition : « Nous avançons vers un stade où l’on cible la mutation spécifique, et non plus seulement l’espèce ou le type de tumeur ».
La médecine de précision n’a peut-être jamais eu d’aussi fidèle allié que le chat de salon.