Madonna sur scène, U2 dénonçant le « Bloody Sunday » irlandais, les guitares de Scorpions, les silhouettes sombres de The Cure, les dreadlocks de Yannick Noah rebondissant sur la terre battue de Roland-Garros. Quelques notes, une coupe de cheveux improbable ou un vieux clip du Top 50 et la magie opère. Les années 80 et 90 reviennent, en boucle, comme un refuge, un doudou, une madeleine proustienne. Elles reviennent dans la mode, avec leurs couleurs criardes et leurs coupes oversize. Elles reviennent à la télévision, dans les rediffusions, les playlists “nostalgie” , la mode vestimentaire, la tendance « vintage ». Du Club Dorothée à Friends, de Starsky et Hutch à Melrose Place, tout semble nous murmurer la même chose : c’était mieux avant. Mais qu’on ne s’y trompe pas, cette nostalgie dit moins quelque chose du passé que du présent. Elle raconte notre époque, ses doutes et ses inquiétudes.
La nostalgie possède une mémoire sélective
Dans un monde qui paraît instable — crises sanitaires, tensions géopolitiques, incertitudes économiques — le passé devient un abri. C’est également oublié que ces années idéalisées étaient elles aussi traversées d’angoisses : la guerre froide et le spectre nucléaire menaçaient déjà l’ordre mondial, le sida frappait une génération entière, le chômage montait en flèche et l’extrême droite s’installait progressivement dans le paysage politique français. La nostalgie possède une mémoire sélective. Elle ne retient que les couleurs vives, les refrains entêtants et les sweat-shirts trop grands. Elle transforme une époque complexe en carte postale rassurante. C’est sans doute pour cela qu’elle nous attire tant. Parce qu’elle offre ce que le présent ne garantit plus : une illusion de stabilité. Mais à force de regarder en arrière, on risque de se raconter des histoires. Et de passer à côté de ce que notre époque, malgré ses incohérences, a aussi de singulier, de vivant, – et osons même – d’enthousiasmant.