A quelques jours du 40e anniversaire de la mort de Simone de Beauvoir, le 14 avril 1986, à l’âge de 78 ans, les Editions Gallimard publient un recueil des «écrits et paroles» de l’autrice du Deuxième Sexe, l’essai fondateur du soulèvement féministe. Il s’agit de textes et d’interviews explicitement centrés sur la condition des femmes. Sous le titre Une fois que les femmes ont ouvert les yeux, le recueil permet de voir une Simone de Beauvoir laissant sa pensée évoluer librement au fil de quatre décennies d’expériences personnelles et sociales de l’état de femme.

Entre 1947 et 1985, Simone de Beauvoir est sur la brèche. En 1947, les Françaises ont le droit de vote. Elles vont pouvoir participer à l’avenir radieux de la démocratie. Tant mieux, dit Beauvoir. Mais pourquoi, tandis que les écrivains écrivent sur l’essence de ses institutions ou tout autre sujet politique, les écrivaines écrivent-elles sur la recherche du bonheur? Très simple, écrit Beauvoir en février 1947 dans une revue féministe américaine: les écrivaines, Colette par exemple, expriment leur talent, leur imagination littéraire sur ce qu’elles connaissent le mieux, le foyer, la maison, l’intérieur où elles sont reléguées, mais chez elles. Attendez qu’elles sortent, c’est le bonheur de l’humanité qui inspirera leurs romans.