Pour votre huitième album (« Le retour des beaux jours »), pourquoi avez-vous fait appel au Rennais Étienne Daho, qui l’a réalisé et écrit en grande partie ?

J’avais envie de travailler avec lui depuis très longtemps. J’admire son talent, sa créativité et, en plus, c’est mon ami. Grand musicien, il se met vraiment au service de celui ou de celle avec qui il travaille. Cet album ressemble ainsi à moi et pas à lui.

Dans sa discographie, quels titres appréciez-vous particulièrement ?

Il y a une chanson que j’adore, c’est « Soudain ». Une très belle ballade. Mais il y en a beaucoup et, notamment, toutes celles qui ont bercé notre vie. Quand on va à un concert d’Étienne Daho, il n’y a pas un moment où on a envie de s’asseoir. On préfère chalouper, danser et chanter.

« Le retour des beaux jours », huitième album de Vanessa Paradis, enregistré sous la direction d’Étienne Daho et de Jean-Louis Piérot, qui a produit deux des albums de Miossec.« Le retour des beaux jours », huitième album de Vanessa Paradis, enregistré sous la direction d’Étienne Daho et de Jean-Louis Piérot, qui a produit deux des albums de Miossec.« Le retour des beaux jours » est un album aux influences pop et soul, empreint de mélancolie et de romantisme, qui aborde le temps qui passe, l’amour… Il y a aussi ce titre, « Élégie », évoquant votre père décédé en septembre 2017 (« Lui, le tout premier homme de ma vie… »). Pourquoi est-ce Étienne Daho, et non vous, qui a écrit cette chanson ?

Parfois, il y a des thèmes qui sont trop intenses ou qui vous bouleversent pour y mettre les mots justes. Comme je connais Étienne depuis longtemps, je peux être impudique avec lui et lui livrer beaucoup de choses mais, après, c’est lui qui met en forme, comme, par exemple, le refrain qui commence par : « Minuit minuit. Mes prières ouvrent une porte dans la nuit ». Je ne lui avais jamais dit un truc pareil. C’est Étienne qui l’a posé et c’est tellement beau.

Ce qui me plaît, c’est de chanter et de faire de la musique avec le publicSur les douze titres, il y en a aussi deux en anglais, dont ce poème écrit par votre fille, Lily-Rose, « I am alive », une sorte d’ode à la vie.

Ce poème est sublime. Alors qu’elle était enfant, et pas encore adolescente, elle l’avait écrit pour elle. C’est un poème pur qui m’a toujours extrêmement plu car il est très onirique et positif. Je l’ai choisi, non pas parce que c’est ma fille qui l’a écrit, mais parce qu’il est très très beau. Même chose pour mon fils (Jack Depp). Je n’ai pas mis sa musique sur un titre parce que c’est mon fils mais parce qu’elle m’a plu autant que les autres qui sont sur l’album. Le résultat fait que je suis très heureuse d’avoir des chansons signées par eux.

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez enregistré une partie de l’album dans les studios londoniens d’Abbey Road, rendus célèbres par les Beatles ?

À Abbey Road, ça a été la fin de l’enregistrement, avec un ensemble de cordes comprenant 27 grands musiciens anglais. Le studio n’a absolument pas changé d’aspect. Il est complètement dans son jus. Ce fut très chargé en émotion et en sensation.

Qu’est-ce qui vous motive à monter sur scène, vous qui repartez pour une longue tournée (*) ?

Ce qui me plaît, c’est de chanter et de faire de la musique avec le public. Il y a, en effet, cette communion avec le public et ce qui nous rassemble, c’est d’aimer la musique. Sur scène, il y aura sept musiciens et un grand soin sera apporté aux lumières et vidéo.

« Le studio Abbey Road n’a absolument pas changé d’aspect. Il est complètement dans son jus. Ce fut très chargé en émotion et en sensation », confie la chanteuse, qui a enregistré une partie de l’album dans l’ancien studio des Beatles.« Le studio Abbey Road n’a absolument pas changé d’aspect. Il est complètement dans son jus. Ce fut très chargé en émotion et en sensation », confie la chanteuse, qui a enregistré une partie de l’album dans l’ancien studio des Beatles. (Photo Karim Sadli)En concert, continuez-vous à jouer « Joe le taxi », votre premier grand succès, en 1987, avec lequel vous aviez, à l’époque, détrôné Madonna en tête du Top 50 ?

Oui, ça m’arrive de la jouer sur scène. Et, pourquoi elle a eu autant de succès ? Je n’en sais rien. Moi, quand je l’ai chantée, j’avais 14 ans et elle est arrivée à un moment où ça a pris.

Aux Vieilles Charrues, mon premier passage avait très mal commencé même si ça reste quand même un très bon souvenirVous allez vous produire à Brest, Rennes et au festival des Vieilles Charrues, à Carhaix (29), où vous serez à l’affiche pour la quatrième fois, après 2001, 2008 et 2014. Quels souvenirs gardez-vous de vos passages ?

Mon premier passage avait très mal commencé, même si ça reste quand même un très bon souvenir. L’artiste qui se produisait avant moi avait dépassé son concert de 45 minutes. Ce fut très dur car j’étais prête à monter sur scène depuis près d’une heure et toute l’énergie que j’avais concentrée en moi s’en allait. C’était d’autant plus dur que c’était la première fois que je jouais dans un festival aussi grand et je ne savais pas du tout si on allait bien m’accueillir ou pas. Ce fut très spécial mais j’avais finalement été heureuse car le public des Vieilles Charrues avait été si accueillant et merveilleux. Ce fut magique et sublime.

Vanessa Paradis, ici, lors de son dernier passage aux Vieilles Charrues, en 2014.Vanessa Paradis, ici, lors de son dernier passage aux Vieilles Charrues, en 2014. (Photo d’archives Fred Morvan/Le Télégramme)Si vous deviez décrire le public des Charrues ?

Le public des Vieilles Charrues, comme celui de certains autres festivals, vient certainement voir tel ou tel artiste qu’il apprécie. Parfois, on joue donc devant des gens qui ne vous apprécient pas forcément. Et ce qui est beau, c’est quand on réussit à les embarquer. On les voit au début du concert. Ils ont les bras croisés et ils sont un peu mous mais quand on les voit exulter, à la fin du concert, on ressent une grande joie.

En Bretagne, vous avez également tourné dans trois films, dont « Élisa », de Jean Becker, à l’île de Sein (1994), et deux autres d’Anne Le Ny : « Cornouaille » (2012), dans le Sud-Finistère, et « Dis-moi que tu m’aimes » (2024), dans le pays de Vannes. Quels souvenirs gardez-vous de ces trois tournages ?

À chaque fois, ce fut des moments de vie extraordinaires. En Bretagne, il y a des gens vrais et authentiques, surtout ceux qui vivent le long des côtes où le climat semble forger des caractères forts et des gens qui résistent. Une météo qui joue ainsi sur la façon d’être. J’ai l’impression que quand on gagne l’amitié des Bretons, c’est pour de vrai. Mais il faut avant tout la gagner, cette amitié.