Clélia Odette Rochat met en lumière les corps féminins de plus de 50 ans dans son livre « Belles Mômes ». La photographe franco-suisse raconte ce qui a inspiré son travail et comment elle a capturé l’intimité et la beauté de ces femmes souvent invisibilisées par la société.
Clélia Odette Rochat, photographe franco-suisse, s’est donné une mission: rendre visibles les corps féminins de plus de 50 ans, souvent oubliés ou marginalisés dans une société marquée par le jeunisme. Son livre « Belles Mômes », publié chez Shift Books, compile quatre années de travail photographique et d’échanges profonds avec ses modèles.
Une démarche compliquée
Tout a commencé par un covoiturage entre Genève et Lyon, explique-t-elle dans Forum. Durant ce trajet, une retraitée, en larmes, s’était confiée aux autres passagères, racontant avoir fait de nombreuses interventions de chirurgie esthétique pour continuer de plaire à son mari, qui l’avait trompée avec une femme plus jeune.
Ce moment marquant a profondément touché Clélia Odette Rochat, alors étudiante en photographie documentaire. « En sortant de la voiture, je me rappelle avoir été super fâchée et triste. Je me suis dit que je ne voulais pas vivre dans une société comme la nôtre. »
C’est en se remémorant cet épisode, quelques années plus tard, qu’elle a décidé de consacrer son projet de fin d’année à la représentation des femmes de plus de 50 ans. La démarche n’a pas été simple. « J’ai pris un an pour trouver la première femme (d’accord de poser nue devant mon objectif) », se souvient-elle.
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Jeunisme et souffrances partagées
Sur ses photos, les femmes ne sourient pas. Ce choix esthétique, inspiré par la photographie documentaire, vise à capturer la vérité brute de leurs corps, sans artifices ni poses étudiées. « Je voulais montrer des corps qu’on ne voit jamais comme ils sont », précise Clélia Odette Rochat.
Au-delà de l’esthétique, son travail soulève des questions sociales sur le jeunisme et, plus généralement, l’âgisme. La photographe évoque les souffrances partagées par les jeunes et les moins jeunes, toutes confrontées aux injonctions liées à l’apparence. « Cette jalousie entre femmes vient souvent de la société patriarcale, qui nous monte les unes contre les autres », conclut-elle.
>> L’interview de Clélia Odette Rochat dans Forum : Une photographe met en avant la beauté des corps féminins de plus de 50 ans: interview de Clélia Odette / Forum / 9 min. / vendredi à 18:11
Propos recueillis par Coraline Pauchard
Texte web: Didier Kottelat