Le canton de Bâle-Campagne n’a pas échappé à l’histoire coloniale européenne. Un rapport historique publié mardi révèle les liens entretenus entre ce canton rural et les colonies, du XVIIIe au XXe siècle. Des connexions qui, selon les chercheurs, ont parfois surpris par leur étendue.
Au total, quelque 300 habitants de Bâle-Campagne ont été actifs dans les colonies européennes, de l’Amérique du Sud aux Caraïbes, en passant par l’Afrique et l’Asie. Commerçants, missionnaires, gestionnaires de plantations ou encore fonctionnaires coloniaux: les profils sont variés. Si la majorité de ces engagements reste indirecte, les liens n’en sont pas moins bien réels.
« Il est étonnant qu’un petit canton rural comme celui de Bâle-Campagne ait été si fortement impliqué dans le colonialisme », souligne l’historien Andreas Zangger, auteur du rapport, dimanche dans le 12h30 de la RTS.
Il nuance toutefois: « D’un point de vue quantitatif, la région de Bâle n’est pas particulièrement impliquée. Des villes comme Zurich ou Bâle le sont davantage, tout comme Appenzell Rhodes-Extérieures avec ses exportations de coton. Mais il existe tout de même de très nombreux liens. »
Des trajectoires individuelles
Le rapport met aussi en lumière des parcours individuels. C’est le cas de Daniel Rosenmund-Berri, actif au Brésil au XIXe siècle. Des documents inédits attestent de son implication dans la traite des esclaves à Recife, à une époque où celle-ci était pourtant interdite au niveau international.
D’autres figures illustrent des liens plus indirects, à l’image de Benedikt Banga, qui contribua à enrichir les collections du Musée cantonal avec des objets issus du monde colonial.
Un Bâlois déboulonné aux Etats-Unis
Ces recherches, menées pendant plus d’un an dans des archives suisses et internationales, ont été commandées il y a six ans par le canton. Elles font suite à un événement survenu en 2020, dans le sillage du mouvement antiraciste Black Lives Matter.
A Sacramento, en Californie, la statue du général John August Sutter, originaire de Bâle-Campagne, avait été déboulonnée en raison de son rôle dans le contexte colonial. Il était notamment propriétaire d’esclaves. Cette statue avait été cofinancée en 1987 par le canton à hauteur de 50’000 francs via le fonds de loterie.
Dans la commune natale John August Sutter, Rünenberg (BL), une plaque explicative a été apposée sur le monument érigé dans les années 1950 en son honneur. [RSI]
« C’est, semble-t-il, le seul Suisse dont la statue ait été retirée en raison de ses agissements à l’époque coloniale », indique l’historien Andreas Zangger.
Dans sa commune natale de Rünenberg, une plaque explicative a depuis été apposée sur le monument érigé dans les années 1950 en son honneur.
Reste désormais à déterminer comment valoriser ces travaux. Publications, expositions, visites guidées ou matériel pédagogique: plusieurs pistes ont été proposées par les auteurs du rapport « C’est désormais au canton de décider ce qu’il adviendra de ce matériel », souligne Andreas Zangger.
Valentin Jordil