« Il serait trop sentimental, trop du côté de la joie, du bonheur, de la superficialité ». D’emblée, les mots sont posés. En écho à la double exposition qui lui est consacrée au musée d’Orsay ce printemps, « Renoir et l’amour – La modernité heureuse (1865–1885) » et « Renoir dessinateur », Arte tente de comprendre ce qui vaut à Auguste Renoir (1841–1919) d’être le mal-aimé du XXIe siècle, lui qui fit de l’amour son leitmotiv.

Rendez-vous galant en forêt, canotage en tête à tête, valse langoureuse… Le couple occupe en effet une place de choix dans le corpus de l’impressionniste. Le thème ravive certes l’esprit hédoniste du rococo qui lui est cher, mais dit aussi sous l’angle de l’intime les bouleversements de la société du XIXe siècle. Au bal, au théâtre ou dans la rue, les mœurs se libèrent.

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Un regard tendre sur son époque

Tandis que les tableaux de ses camarades Édouard Manet ou Edgar Degas sont peuplés d’anonymes indifférents les uns aux autres, chez Renoir les sourires se répondent. Sa modernité affiche un visage humain. Dans ses plus grands chefs-d’œuvre, Bal du moulin de la Galette (1876) et Le Déjeuner des canotiers (1880–1881), se mêlent harmonieusement les classes et les genres, unis par la même lumière, la même touche. « L’amour de son prochain » : voilà l’idéal qui occupe le peintre selon son fils, le cinéaste Jean Renoir, dont les tendres souvenirs servent ici de fil rouge.

Désir de peindre et désir charnel

Mais tout n’est pas rose pour autant, et le spectateur du XIXe siècle n’est pas dupe du sous-texte de certaines tenues, de certains gestes représentés. Entre séduction et domination, les frontières sont parfois ténues. Le peintre lui-même n’échappe pas aux biais patriarcaux de son temps, ce que pointent sans détour les conservateurs interrogés.

Le fameux « male gaze », ou regard masculin, théorisé depuis les années 1970 trouve sa parfaite expression dans les nombreux nus déclinés tels des motifs décoratifs interchangeables par un artiste chez qui désir de peindre et désir charnel se confondent. Sans complaisance malgré une forme des plus classiques, ce portrait tout en nuances d’Auguste Renoir saura captiver les moins épris.

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Par Camille Ménager

Disponible sur arte.tv jusqu’au 18 juillet 2026