Avec le retour du printemps, une théorie virale refait surface sur les réseaux sociaux: nos allergies seraient aggravées par le « sexisme botanique ». Selon cette idée, les villes planteraient une majorité d’arbres mâles, producteurs de pollen, pour éviter les désagréments des arbres femelles. Info ou intox? FastCheck a mené l’enquête.
Et si nos allergies au pollen étaient causées par le sexe des arbres ? / FastCheck / 3 min. / mercredi à 15:07
L’idée est séduisante : pour des raisons de propreté, les urbanistes privilégieraient les arbres mâles, qui ne produisent ni fruits ni graines. Conséquence : une concentration de pollen dans l’air qui ferait exploser les allergies. Cette théorie, popularisée par l’horticulteur américain Thomas Ogren, s’appuie notamment sur une recommandation du ministère de l’Agriculture américain (USDA) datant de 1949.
Seul problème : cette recommandation a été sortie de son contexte. Elle ne concernait qu’une seule espèce, le peuplier, (dont les graines cotonneuses pouvaient boucher les canalisations) et n’a jamais constitué une directive générale pour l’aménagement urbain. La base historique de cette théorie est donc très mince.
La nature est plus complexe
Au-delà de cette anecdote, la biologie elle-même contredit l’idée d’une ville « remplie de mâles ». Seuls 5 à 6 % des espèces de plantes sont dioïques, c’est-à-dire avec des individus distincts mâles ou femelles (comme le saule ou le Ginkgo). La grande majorité des arbres sont monoïques (bouleau, chêne, pin), portant à la fois des organes mâles et femelles, ou ont des fleurs hermaphrodites (tilleul, cerisier).
Des analyses concrètes le confirment. À Milwaukee (Etats-Unis), une étude a montré que les arbres purement mâles ne représentent que 1,58 % des plantations urbaines. Difficile, dans ces conditions, de les tenir pour uniques responsables.
Les vrais coupables : climat et pollution
Si le « sexisme botanique » est une fausse piste, pourquoi nos allergies s’aggravent-elles ? La science pointe deux responsables bien réels : le dérèglement climatique et la pollution de l’air.
La hausse des températures allonge les saisons polliniques : les plantes libèrent leur pollen plus tôt et plus longtemps. En parallèle, des études montrent que l’augmentation du CO2 dans l’air agit comme un « engrais », boostant la quantité de pollen produite.
À cela s’ajoute la pollution urbaine. Les polluants issus du trafic se collent aux grains de pollen, les rendant plus agressifs pour notre système immunitaire. Ces particules peuvent même fragmenter le pollen, lui permettant de pénétrer plus profondément dans nos voies respiratoires.
La solution n’est donc pas d’abattre les arbres mâles, mais de favoriser la biodiversité végétale en ville, en variant les espèces et en privilégiant celles pollinisées par les insectes plutôt que par le vent.
Hélène Joaquim