Loin de se limiter aux ventes de disques et aux concerts, l’industrie musicale voit émerger un marché particulièrement lucratif: celui des droits d’auteur et des catalogues d’artistes. Ces derniers sont devenus des actifs financiers de premier ordre.

Il y a quelques jours, la société suédoise Pophouse Entertainment a racheté les droits d’utilisation du nom, de l’image et même de la ressemblance de Tina Turner, ainsi que la majorité des droits de son catalogue musical. Pophouse Entertainment a été créée par l’un des membres du groupe ABBA. Cette entreprise a développé une nouvelle technologie, en collaboration avec la société d’effets spéciaux de George Lucas, à qui l’on doit « Star Wars », pour réaliser des avatars numériques. C’est à eux que l’on doit notamment un spectacle d’ABBA en hologrammes, ainsi que la tournée d’adieux du groupe Kiss en 2023. 

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Pour réaliser ces spectacles, Pophouse Entertainment a dû acheter à ces groupes leur catalogue, leur marque et leur propriété intellectuelle. Cyndi Lauper a elle aussi vendu la majorité de ses droits musicaux à Pop House Entertainment, souhaitant faire quelque chose de nouveau avec sa musique. Dernier en date, les héritiers de Tina Turner, décédée en 2023, qui ont vendu les droits musicaux et le catalogue de la star américaine avec le projet d’organiser, dans le futur, des concerts qui ressusciteront la reine du rock’n’roll, version hologramme.

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La financiarisation de la musique

Si l’innovation technologique est mise en avant, l’intérêt principal de ces rachats est financier. Le meilleur exemple pour illustrer ce juteux marché est la société Hipgnosis Songs Fund, créée en 2018 par Nile Rodgers, le guitariste du groupe Chic, et Merck Mercuriadis, un ancien manager d’artistes tels que Elton John, Iron Maiden ou Beyoncé. A l’origine, le but de Hipgnosis Songs Fund était de gérer des catalogues d’artistes et les droits d’auteurs des chansons – ceux du groupe Chic, de Mark Ronson, de Timbaland, mais aussi de Blink, des Red Hot Chili Peppers, de Justin Bieber ou encore de Shakira. 

Après moins de quatre ans d’existence, Hipgnosis Songs Fund affichait un chiffre d’affaires de plus de 80 millions de dollars. Sa valeur a ensuite bondi à 3 milliards grâce aux rachats d’autres sociétés qui détenaient d’autres catalogues. Puis, c’est la dégringolade, pour cause d’ambition démesurée. La société se fait racheter en 2024 par le fonds d’investissement Blackstone, preuve que désormais, ce ne sont plus des professionnels de la musique qui s’intéressent au catalogue des artistes, mais bien les gros bonnets de la finance.

Un investissement fiable

L’attrait pour les droits d’auteur réside dans leur stabilité. Contrairement à la production de musique ou aux concerts, les droits d’auteur sont imperméables à toute crise. La diffusion de musique en radio, sur YouTube ou Spotify reste constante, offrant des revenus prévisibles.

La valeur du catalogue d’un artiste est calculée sur ce que peuvent rapporter les chansons dans les dix à vingt-cinq ans à venir. Plus un artiste a une longue et belle carrière, plus les enchères montent. Bob Dylan a ainsi vendu ses droits pour 400 millions de dollars, Bruce Springsteen pour 500 millions de dollars. Celui des Beatles a été racheté 750 millions de dollars, avec dans son sillage ceux de Sting, Phil Collins, David Bowie, Pink Floyd, Queen et même récemment Britney Spears. Et puis, il y a quelques jours, les ayants droit de Quincy Jones, décédé en novembre 2024, ont à leur tour vendu une partie de son héritage musical à un gros fonds d’investissement.

Sujet radio: Davy Bailly-Basin

Adaptation web: ld