Confrontée à une grave crise financière, l’UNRWA a réduit ses activités au Liban. Dans un pays où les réfugiés palestiniens subissent des discriminations et où le système de santé est largement privatisé, ces coupes menacent un accès aux soins déjà précaire.

L’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, a récemment réduit ses opérations au Liban. L’agence a coupé 20% des salaires de ses employés et diminué les jours d’ouverture des écoles et des centres de santé. Des mesures drastiques, prises alors que l’organisation, sous le coup d’attaques israéliennes depuis deux ans, traverse une grave crise financière.

Au Liban, son aide reste pourtant vitale pour les réfugiés palestiniens, notamment pour se soigner. Ils font l’objet de discriminations et la santé est largement privatisée dans le pays.

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« On se sent mal psychologiquement »

À la polyclinique de l’UNRWA de Bir Hassan, à Beyrouth, rien n’a changé en apparence. Mais depuis le 1er février, le centre n’ouvre plus que quatre jours au lieu de cinq.

Mohamed, réfugié palestinien, doit être admis à l’hôpital avec le soutien de l’UNRWA. Il souffre d’un problème rénal apparu brutalement. « Je vais être opéré au rein. C’est arrivé tout d’un coup, j’ai une infection et une grande douleur. La situation des Palestiniens au Liban est très difficile. Il n’y a plus que l’UNRWA qui nous vient en aide », confie-t-il mardi dans La Matinale.

Raja Saleh, infirmière pour les enfants, décrit pour sa part un quotidien alourdi par les restrictions budgétaires. « On se sent mal, psychologiquement, déprimés: nos salaires ont été coupés, et on ne peut pas donner la même attention aux patients. Avant les nouvelles mesures, je recevais environ 25 enfants en sept heures, maintenant, j’en soigne 30 ou plus en cinq heures. »

Peur de nouvelles restrictions

Les réfugiés redoutent que d’autres restrictions soient prises. Fatima, 59 ans, est suivie par une psychologue à la polyclinique de l’UNRWA. Les soins y sont gratuits.

« J’étais dans une phase très difficile à cause de beaucoup de problèmes. Mon état psychologique s’est beaucoup amélioré en voyant une médecin ici. J’avais besoin qu’on m’aide à avancer. Je n’ai pas la possibilité d’être soignée ailleurs: même les dispensaires sont chers… Si l’UNRWA disparaissait, je ne pourrais plus être soignée », confie-t-elle au micro de la RTS.

Manifestation à Beyrouth

Yehya, venu soigner son jeune fils, se dit convaincu que la crise de l’UNRWA est liée à des pressions politiques. « Entre Palestiniens, on se dit que l’UNRWA va fermer. Tout le monde a peur… Ce qui se passe, c’est parce que les Américains et les Israéliens veulent en finir avec la cause palestinienne: ils veulent que les réfugiés oublient leur pays d’origine et leur attachement, et soient naturalisés dans leur pays d’accueil ».

Les coupes provoquent la peur, mais aussi la colère. Devant le siège de l’UNRWA à Beyrouth, des enseignants de l’agence manifestent pour demander que l’agence revienne sur sa décision.

Laure Stephan/hkr