Le baril de pétrole oscille désormais autour des 100 dollars dans un climat d’incertitude lié au conflit en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz. Invité lundi de l’émission Forum, Edouard Gantès, spécialiste à la Fondation CRES, évoque un risque de pénurie en diesel et kérosène d’ici l’été. La Suisse reste néanmoins mieux protégée que l’Asie, grâce à ses partenaires européens.
Alors que le cours de l’or noir navigue entre les menaces de Donald Trump contre les infrastructures iraniennes et les tentatives de négociation, les marchés mondiaux retiennent leur souffle. Invité lundi dans l’émission Forum, Edouard Gantès, chargé de projets au Centre de recherches Entreprises et Sociétés (CRES), analyse les enjeux de cette flambée des prix.
Pour l’expert, le marché a trouvé « un équilibre » autour des 100 dollars le baril. « Ce prix est la marque du futur », explique-t-il. « Les investisseurs et les spéculateurs estiment que ce n’est pas la quantité qui manque, mais l’approvisionnement qui est vraiment critique en ce moment. »
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Un « choc pétrolier » de moindre ampleur qu’en 1973
Peut-on alors parler de choc pétrolier? Interrogé à ce sujet, Edouard Gantès nuance: « C’est peut-être un choc, mais de moindre importance par rapport à ceux de 1973 ou de 1979 (…) mais il y a néanmoins des difficultés d’approvisionnement qui ont un effet réel sur l’économie », analyse-t-il. Il anticipe ainsi une hausse des prix de l’énergie et une contraction de l’activité économique dès le deuxième trimestre 2026.
La situation des réserves en Europe et en Suisse devient quant à elle préoccupante, essentiellement pour deux produits: le diesel et le kérosène. « On peut estimer à 4 à 5 mois de consommation jusqu’à cet été pour le diesel, et jusqu’au mois de juin pour le kérosène sur le marché européen », précise le spécialiste. Et de rappeler que l’Europe importe massivement ces produits raffinés depuis le Moyen-Orient. « Il faut retravailler toute la chaîne d’acheminement depuis la péninsule arabique. »
Des routes alternatives existent toutefois, comme le pipeline interarabe en Arabie Saoudite ou l’acheminement par camions aux Emirats arabes unis. Mais Edouard Gantès tempère en expliquant que « le camion ne remplacera jamais la vitalité de l’acheminement par gazoducs ou oléoducs. »
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Comment protéger le pouvoir d’achat des Suisses? Débat entre Olivier Feller et Samuel Bendahan / Forum / 3 min. / aujourd’hui à 18:00 L’Asie en première ligne, la Suisse mieux protégée
L’Agence internationale de l’énergie a évoqué l’activation de ses réserves stratégiques. Les gouvernements européens coordonnent eux leurs plans pour éviter la panique. Pour Edouard Gantès, les réserves sont là aussi de 5 à 6 mois pour l’essence et le diesel, ce qui est plutôt rassurant.
D’après lui, le véritable danger concerne plutôt la surenchère probable des pays asiatiques. « Ils sont en flux tendus et n’hésiteront pas à surpayer les cargaisons pour qu’elles arrivent en priorité », alerte-t-il. L’Asie dépend en effet massivement du détroit d’Ormuz, « une bande de 50 kilomètres qui concentre le pouvoir d’achat de 2 à 3 milliards de personnes. »
Interrogé enfin sur le cas suisse, Edouard Gantès se veut également rassurant. « La Suisse est dans un marché commun avec des partenaires fiables. » La France, l’Allemagne et l’Italie disposent de raffineries qui peuvent approvisionner le marché helvétique. « La véritable difficulté, c’est la coordination. Il faut éviter les gestes solitaires de tous les pays et ne pas rajouter du désordre à un désordre déjà existant », conclut-il.
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Propos recueillis par Anne Fournier et Thibaut Schaller
Adaptation web: ther