L’ex-directeur du Contrôle fédéral des finances Michel Huissoud s’engage aujourd’hui pour une meilleure éducation psychédélique et une politique plus réaliste des drogues. A bord d’un « bus champignon », il traverse la Suisse romande pour sensibiliser à l’usage thérapeutique des psychédéliques.
« Il y a un potentiel énorme pour lutter contre les maladies psychiques grâce aux psychédéliques », a souligné Michel Huissoud lundi dans l’émission Forum. « Mais la Suisse freine encore leur développement, alors même que sa loi permet déjà quelques exceptions. On a aujourd’hui probablement pas assez de thérapeutes pour répondre aux besoins ».
Selon lui, la psilocybine et le LSD pourraient offrir des alternatives crédibles aux antidépresseurs traditionnels, souvent coûteux et peu efficaces sur le long terme.
« Une psychothérapie à deux vitesses »
L’ancien haut fonctionnaire insiste cependant sur les inégalités d’accès à ces thérapies. Actuellement, seules 765 thérapies accompagnées d’hallucinogènes ont été autorisées l’an passé en Suisse.
« On a une psychothérapie à deux vitesses », regrette le juriste de formation. « Ceux qui peuvent se les payer, et les autres qui doivent se contenter des traitements classiques ».
Pendant onze jours, le retraité de 66 ans pilotera un « bus champignon » à travers la Suisse romande jusqu’à Bâle, lieu symbolique où le chimiste Albert Hofmann découvrit le LSD en 1943. L’objectif: ouvrir le débat sur l’usage médical des psychédéliques et le besoin d’un cadre plus cohérent.
Encadrer plutôt que réprimer
Questionné sur les risques de dépendance, Michel Huissoud rappelle que les psychédéliques ne provoquent pas d’addiction physique, contrairement à l’alcool, la nicotine ou la cocaïne.
Il insiste toutefois sur la nécessité d’un accompagnement professionnel: préparation, supervision et intégration des expériences font « partie intégrante de la thérapie ». Sur la question d’une éventuelle libéralisation totale, il reste prudent: « Pour l’instant, notre mission est de faire connaître ces thérapies et d’en parler de manière ouverte. La répression, elle, n’est plus une solution, comme le reconnaît aussi la Commission fédérale sur les addictions ».
A-t-il lui-même expérimenté ces substances? L’ancien haut fonctionnaire l’admet à demi-mot. « Il y a des pays où c’est légal. On peut expérimenter de manière tout à fait légale. Disons simplement: oui, mais sans dire où ».
Propos recueillis par Thibault Schaller/hkr