Ces dernières années, Compenswiss, qui gère les fonds de l’AVS/AI/APG, a surtout fait parler d’elle pour avoir changé de dépositaire au nez et à la barbe d’UBS. Le choix d’un prestataire allemand en mains américaines a fait couler beaucoup d’encre et a divisé le parlement, lequel a finalement décidé en mars 2025 de ne pas intervenir.
Le sujet n’était toutefois pas à l’ordre du jour de la conférence de presse organisée à Berne ce mardi. Tout au plus, les dirigeants de l’organisation basée à Genève ont-ils relevé en livrant les résultats annuels du fonds que les frais de gestion ont baissé pour passer à 0,17%, soit une légère baisse par rapport au 0,18% de 2024. Un taux au plus bas depuis 2021 et surtout très loin des près de 0,3% observés en 2007.
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Chiffre très attendu alors que les assurances sociales font face à de grands défis, les placements ont eux généré un rendement de 6,34%, faisant passer la fortune gérée de 46,1 milliards de francs à 50,6 milliards de francs au 31 décembre 2025 (comptes non révisés). Les actions, les métaux précieux et la protection contre les effets de change ont largement contribué à cette performance au-dessus de la performance annualisée sur 10 ans, établie à 3,12%.
Réserve constituée pour la 13e rente AVS
Le résultat aurait toutefois pu être encore meilleur, ont relevé les dirigeants de Compenswiss, s’ils n’avaient pas dû créer une réserve de 2 milliards de francs en vue du premier versement de la 13e rente AVS acceptée par le souverain populaire en mars 2024. Selon leurs estimations, l’opération a créé un manque à gagner de 60 millions. Dans ce dossier, «le temps est notre ennemi», a donc averti Manuel Leuthold, président du conseil d’administration de Compenswiss. Il en ira en effet ainsi jusqu’à ce qu’un autre mécanisme de financement soit trouvé, un sujet autour duquel les parlementaires se déchirent. Le National a validé en septembre une hausse temporaire de la TVA qui permettrait d’éponger les coûts. Le Conseil des Etats doit se prononcer en mars. Inutile en tout cas de miser sur les rendements qui sont insuffisants pour régler cette question, prévient Compenswiss qui devra céder des actifs dès 2027 si aucune mesure de financement n’est trouvée d’ici là.
Ventes d’actifs face à la dégration financière de l’AI
Les inquiétudes ne se concentrent toutefois pas uniquement sur l’assurance vieillesse et Survivants. L’explosion des dépenses place l’assurance invalidité (AI) qui doit déjà 10,3 milliards à l’AVS dans une situation très délicate. A tel point que pour ce fonds en sous-couverture, des ventes d’actifs ont déjà été entreprises depuis le mois de janvier et se poursuivront tout au long de l’année pour un montant mensuel de 35 millions de francs. Dans de telles opérations, «le vrai enjeu, c’est que le fonds doive vendre au mauvais moment pour obtenir les liquidités nécessaires», souligne le président du conseil d’administration Marcel Leuthold. Raison pour laquelle, Compenswiss adopte une attitude prudente.
Une telle situation qui n’est pas sans précédent puisqu’une mesure similaire avait déjà dû être prise en 2018 pour financer l’AVS, avant que des réformes soient entreprises pour rétablir la situation. Les dirigeants des fonds misent sur le bon sens et la sagesse des milieux politiques pour qu’il en soit de même cette fois.
Le Parlement devra d’ailleurs aussi à terme se pencher sur la réforme de l’AI lancée par le Conseil fédéral la semaine dernière. Le projet vise à freiner la hausse des nouvelles rentes et ainsi réduire les coûts. Très attendus, les résultats des assurances sociales concernées qui englobent les rentes versées et les contributions des cotisants seront eux publiés en avril.
Au vu des trajectoires et des défis très différents auxquelles les trois assurances font face, l’organisation a par ailleurs décidé d’opter désormais pour des stratégies d’allocation d’actifs différenciées pour chaque fonds. Très exposée lors de la pandémie et des mesures de confinement décrétées, l’assurance pour perte de gain se porte, elle, beaucoup mieux que l’AVS et l’AI.
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