À l’occasion de la Journée mondiale des troubles bipolaires, marquée le 30 mars, Nadjah Abbasakoor, fondatrice de la branche mauricienne de Hidden Disabilities Sunflower (HDS), a annoncé le lancement d’un second groupe de soutien dédié aux patients vivant avec cette pathologie. Un projet rendu possible en grande partie grâce à la levée de fonds organisée par Carol Lamport et Pascal Lagesse sur Small Step Matters, dans le sillage du spectacle «Zametrotar».

En partie grâce au financement réuni à travers la plateforme Small Step Matters l’an passé, HDS a pu lancer un projet innovant concernant les troubles bipolaires. Quel premier bilan pouvez-vous tirer de ce projet pilote ?

Déjà, je souhaiterais saluer le courage des premiers patients qui ont fait la démarche de sortir de l’ombre pour contacter HDS, et en particulier ceux qui se sont réunis avec régularité à la Clinique Artemis de Curepipe, à six reprises déjà depuis le 22 octobre. Je tiens également à remercier chaleureusement l’artiste Pascal Lagesse, qui a accepté d’être ambassadeur pour notre réseau afin de déstigmatiser cette maladie mentale et de briser les tabous entourant la bipolarité.

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À ce jour, ce sont huit patients qui se réunissent une fois par mois, avec assiduité. Il reste encore quatre sessions prévues pour boucler le programme initial de psychoéducation mené par la psychologue clinicienne Yana Bhageerutty. Ce projet comporte également un temps dédié à la créativité (avec une initiation au journal créatif pour apprendre à exprimer ses émotions et garder une trace des changements d’humeur et des éléments déclencheurs des variations de l’état de santé du patient).

Les retours des premiers participants sont très encourageants, quel que soit leur cheminement personnel : stable sous médication, en questionnement vers un diagnostic et un traitement… Les membres du premier groupe de soutien ont également fait preuve d’une bonne cohésion, avec une belle attitude de non-jugement dans les temps d’échange, un bel esprit d’entraide et des échanges constructifs. Ils souhaitent continuer à se réunir au-delà du projet pilote, toujours avec l’encadrement de la psychologue. Le bilan est donc très positif. Mon objectif était de toucher et de rapprocher les coeurs et les esprits : c’est pleinement atteint !

Cela constitue un bel encouragement à reproduire l’expérience si la demande d’autres patients bipolaires se présentait ?

Tout à fait. Depuis le lancement du premier groupe de soutien, la médiatisation a encouragé de nouvelles personnes vivant avec les troubles bipolaires à nous contacter. Nous avons déjà décidé de poursuivre l’expérience du groupe pilote avec la constitution d’un second groupe, toujours grâce à la mise à disposition d’une salle appropriée, à titre gracieux, par la clinique Artemis.

HDS est à la recherche constante de sponsors, pourquoi ?

Oui, nous fournissons du matériel créatif, nous rémunérons la professionnelle (psychologue clinicienne) qui accompagne le groupe, et nous prenons en charge les collations. C’est pourquoi nous sommes à la recherche constante de sponsors, sous forme de contributions CSR ou de donations de la part des citoyens, afin de faire vivre ces groupes de soutien. Dernièrement, les artistes Carol Lamport et Pascal Lagesse ont apporté un soutien considérable en réunissant Rs 182 000 à travers la plateforme Small Step Matters pour HDS.

Qui sont vos autres soutiens au niveau financier ?

Beaucoup d’anonymes ont soutenu HDS à travers la plateforme Small Step Matters, mais également Mauritius Telecom, Blast, Noveprim, Aspen Global et Artemis. Je saisis cette opportunité pour les remercier de leur confiance dans ce projet novateur et de leur engagement en faveur de la santé mentale.

Les troubles bipolaires sont encore méconnus. Sont-ils répandus ?

Oui, c’est la sixième cause de handicap au niveau mondial, selon l’Organisation mondiale de la santé. Les troubles bipolaires sont caractérisés par une succession d’épisodes d’hypomanie ou de manie et de dépression, pouvant être atténués notamment par des stabilisateurs de l’humeur. À travers Small Step Matters, représentée par Marie-Laure Ziss-Phokeer (à dr.), Carol Lamport et Pascal Lagesse ont réuni Rs 182 000 pour l’institution Hidden Disabilities Sunflower.

Cette pathologie peut avoir des conséquences sur la vie sociale et professionnelle, mais pas forcément. Tout dépend de la gravité des troubles, de la régularité dans la prise du traitement et de la tolérance à celui-ci. La prise de poids, par exemple, peut décourager un patient de poursuivre sa médication, tout comme certains effets secondaires. Identifier le traitement adapté peut prendre du temps. Cette pathologie est à prendre au sérieux, car elle peut mener certains patients à des situations délicates, voire mortelles : addiction, suicide, chômage, prise de risques inconsidérée…

Quels sont les facteurs derrière les troubles bipolaires ?

Des facteurs génétiques combinés à des facteurs environnementaux et/ou à des traumatismes vécus durant l’enfance, ainsi que la prise de substances. Celle-ci ne concerne heureusement pas tous les patients, mais il existe un lien avéré entre bipolarité et addiction. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la bipolarité débute fréquemment entre 15 et 24 ans. À l’occasion de la Journée mondiale des troubles bipolaires, HDS a édité une brochure gratuite pour mieux informer le grand public.

Les troubles bipolaires sont-ils faciles à détecter ?

Les patients évoquent souvent plusieurs années entre l’apparition des premiers signes de la maladie et la mise sous traitement adapté. En cause : ils consultent généralement en phase de dépression, et non lorsque tout va bien, voire trop bien (en phase d’hypomanie ou de manie). Or, une personne bipolaire traitée uniquement avec des antidépresseurs peut voir une crise de manie déclenchée, ce qui n’est pas souhaitable.

Une phase de manie non traitée peut durer jusqu’à six mois, menant à un épuisement physique et mental, et couper le patient d’une vie sociale, familiale et professionnelle normale en raison d’une agitation très intense. On distingue trois types de bipolarité :

le type 1, avec une majorité de phases «up» ;  le type 2, marqué surtout par des épisodes dépressifs récurrents ; le trouble cyclothymique, avec des périodes hypomaniaques et dépressives moins intenses mais impactant significativement la vie du patient.

Quelles sont les mesures préconisées pour prévenir les épisodes maniaques ou dépressifs ?

Elles sont diverses : le suivi médical et psychologique, la prise régulière d’un traitement, la connaissance de soi (journal avec suivi de l’humeur et du sommeil), l’attention portée au corps (activité physique, alimentation), la gestion du stress, l’absence de consommation d’alcool et de substances, ainsi que la psychoéducation. Le rôle d’un groupe de soutien solidaire et d’une famille compréhensive et bien informée est également essentiel dans les phases de rétablissement, de stabilisation et dans les moments les plus difficiles.

HDS est là pour apporter un message d’espoir ?

Tout à fait. Vivre avec les troubles bipolaires n’empêche pas de mener une vie familiale, sociale et professionnelle équilibrée. La majorité des membres du premier groupe de soutien sont des professionnels et des citoyens productifs ; certains sont parents. Ce n’est pas leur faute s’ils sont touchés par cette maladie, mais en tant que patients, il leur revient de se faire soigner et accompagner. La première étape reste l’acceptation de la maladie.