Au tomber du lit, quand l’aube vous interpelle, il arrive qu’un rêve vous supplie de ne pas l’oublier. Alors, vous vous précipitez sur un bloc-note et vous en organisez les chutes. Miraculeusement, il retrouve un visage. Si les spectacles de Joël Pommerat sont si précieux, si beaux, si marquants, c’est qu’ils agissent comme ces songes impérieux. Ils vous plongent dans un état de semi-veille et, quand vient la lumière, ils demandent à être revisités avec un pinceau de peintre d’estampes. C’est ce qui se produira encore, dès le mardi 14 avril et jusqu’au 18 avril, à la Comédie de Genève, avant le Théâtre de Vidy à Lausanne en novembre et après le Théâtre des Amandiers de Nanterre notamment où l’on a vécu cette hallucination.
Mais quel est ce mirage qui transporte tant? Les Petites Filles modernes (titre provisoire), nouvelle création du Français Joël Pommerat, de retour à la Comédie après Contes et légendes, où garçons, filles et robots aux traits humains jusqu’à s’y méprendre tricotaient leurs identités, et Marius, comédie tout près des larmes de Marcel Pagnol, jouée par d’anciens détenus. Ici ce sont deux comédiennes à peine sorties des prairies de l’adolescence et un acteur sans âge, c’est-à-dire capable de tout, qui vous entraînent sur la crête de vos 15 ans, là où l’enfance revient comme la vague sur les orteils des petits baigneurs quand la mer est très douce, là où la baie des pirates est une exhortation à prendre le large, illico presto.