Visible jusqu’au 2 août, l’exposition « Les premiers homosexuels: l’émergence de
nouvelles identités (1869–1939) » est à découvrir au Kunstmuseum de Bâle. Près de huitante peintures, sculptures et photographies offrent un nouvel éclairage sur les communautés queer et les désirs souvent cachés.

Initialement présentée à Chicago, l’exposition « Les premiers homosexuels: l’émergence de nouvelles identités (1869–1939) » débarque au Kunstmuseum de Bâle. Pluridisciplinaire, elle offre un éclairage sur la représentation artistique de l’homosexualité.

Le mot « homosexuel » est apparu publiquement en allemand en 1869, avant même son usage en français. Mais à l’époque, le désir entre personnes du même sexe est considéré comme déviant. Les artistes doivent ruser, ils codent leurs images. Pour le co-commissaire de cette exposition, Jonathan David Katz, l’art permettait alors de parler sans dire: « Ce qui est formidable avec l’art, c’est qu’il peut tenir un double discours. Ainsi, un public queer pouvait comprendre les significations queer, alors qu’un public hétéro ne les comprenait pas forcément », détaille l’historien de l’art américain dans le 12h30 du 30 mars.

>> A écouter, le sujet du 12h30 consacré à l’exposition du Kunstmuseum de Bâle : Au Kunstmuseum de Bâle, une exposition explore la représentation artistique de l’homosexualité / Le 12h30 / 1 min. / le 30 mars 2026

Et Jonathan David Katz de prendre l’exemple d’un tableau du peintre français Pascal Dagnan-Bouveret. Celui-ci a peint une oeuvre en 1879 dans laquelle on voit une blanchisseuse assise sur un banc et deux hommes qui marchent bras dessus, bras dessous. Pour l’historien de l’art, il s’agit de la première représentation d’un couple d’hommes dans l’histoire de l’art occidental.

Une exposition cruciale

Organisée en six sections, l’exposition présente des artistes et des écrivains qui ont exploré ou vécu des identités homosexuelles et transgenres. La représentation du nu et les conceptions autour de la sexualité varient selon les époques, avec une répression extrême lorsque les nazis prennent le pouvoir en Allemagne.

« Les premiers homosexuels: l’émergence de nouvelles identités (1869-1939) » montre également comment certains artistes européens ont attribué le désir homosexuel à une caractéristique propre aux territoires coloniaux. Et comment, les artistes du monde entier ont contesté et résisté face à ce préjugé colonial.

>> A écouter, l’éditorial de Florence Grivel dans Vertigo sur l’exposition : Lʹédito de Florence Grivel : lʹexposition First homosexuals à Bâle / Vertigo / 3 min. / mardi à 17:10

C’est la première fois que le Kunstmuseum de Bâle consacre une exposition à l’art queer. Pour la co-commissaire Len Schaller, montrer cette histoire est essentielle: « C’est précisément maintenant qu’il est très important d’organiser une telle exposition. Dans plus de soixante pays, l’homosexualité est toujours criminalisée et dans beaucoup d’autres, les droits sont à nouveau remis en cause. Je pense qu’il est vital pour les personnes queer de voir leurs propres histoires représentées, de voir que ce n’est pas un phénomène récent, mais que cela existe depuis longtemps ».

Sujet radio: Valentin Jordil

Adaptation web: Sarah Clément

« Les premiers homosexuels: l’émergence de nouvelles identités (1869–1939) », Kunstmuseum de Bâle, du 7 mars au 2 août 2026.