L’annonce du cessez-le-feu en Iran et d’une réouverture du détroit d’Ormuz a entraîné une forte baisse des cours du pétrole. Le baril a repassé mercredi sous la barre des 100 dollars. Mais à la pompe, les prix n’ont pas baissé, entraînant un tourisme de l’essence dans certains cantons frontaliers.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, fin février, les prix de l’essence ont subi une forte hausse en Suisse. Dans son dernier pointage, publié début avril, le Touring Club Suisse (TCS) relevait une augmentation d’environ 10%, avec des prix de 1,82 franc pour l’essence sans plomb 95 et de 1,95 pour la 98. Le diesel est quant à lui beaucoup plus fortement touché, avec un renchérissement de 22%, à 2,13 francs.

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Ces prix ne risquent pas de diminuer tout de suite. Malgré la baisse des cours du pétrole, il y a toujours un effet de décalage. Les vendeurs doivent d’abord écouler des stocks achetés à un prix plus élevé. Contacté, le TCS est d’ailleurs dans l’incertitude. Selon un de ses porte-parole, il est pour l’instant impossible de prévoir l’évolution du prix de l’essence dans les prochains jours, semaines, voire les prochains mois. Elle dépendra notamment d’une éventuelle baisse durable des cours du pétrole.

Tourisme de l’essence

Alors que les prix restent élevés en Suisse, le prolongement de la baisse des taxes sur les carburants en Italie affecte les stations essence du Tessin. Celles du sud du canton, qui subissent depuis des semaines les prix cassés du pays voisin, sont particulièrement touchées.

Les dizaines de milliers de travailleurs frontaliers italiens ne s’arrêtent plus dans l’une des innombrables stations essence côté suisse, tandis que de nombreux automobilistes tessinois se ruent en Italie voisine pour faire le plein. A tel point que certaines pompes sont à sec, notamment dans la région de Côme.

Cette inversion du tourisme de l’essence, dont profitait traditionnellement la Suisse italienne, inquiète les distributeurs. L’Association tessinoise des stations-service a demandé au canton et à la Confédération de prendre des mesures afin de venir en aide au secteur.

>> Les précisions de La Matinale : Le Tessin s’inquiète du tourisme de l’essence en Italie / La Matinale / 1 min. / aujourd’hui à 06:20 Rupture de stock

En Italie, après une première phase qui allait du 20 mars au 7 avril, la baisse de 24,4 centimes d’euro le litre d’essence a été étendue jusqu’au 1er mai, sur décision du gouvernement de Giorgia Meloni. A cela s’ajoute un franc fort qui fait baisser de 8% supplémentaires le prix du litre.

En France en revanche, de nombreuses stations essence étaient en rupture de stock le week-end dernier. Une situation qui incite les habitantes et habitants à faire le plein en Suisse. « Nous avons connu une affluence record, avec des ventes record », résume dans La Matinale un pompiste de Veyrier, commune frontalière dans le canton de Genève.

>> Son témoignage dans La Matinale : Des pompistes genevois enregistrent une affluence record en raison d’une rupture de stock en France / La Matinale / 1 min. / aujourd’hui à 06:24

Les prix du pétrole et du gaz avaient dégringolé mercredi après l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre les Etats-Unis et l’Iran. Jeudi matin, les cours ont toutefois remonté, tout en restant en-dessous de 100 dollars pour le baril de Brent, alors que l’Iran fait du cessez-le-feu au Liban, toujours bombardé, l’une de ses « conditions essentielles », et que les opérateurs guettent encore une véritable reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

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Jean-Philippe Rutz/Nicole della Pietra/edel