L’Etat français entend remplacer Windows par Linux sur tous ses postes de travail. Le message est clair: la France veut reprendre le contrôle de son destin numérique. En optant pour le système d’exploitation en open source, elle espère s’affranchir des outils américains.

Avec Windows, la France ne maîtrise ni le code du logiciel, ni les tarifs, ni les règles du jeu et encore moins la sécurité des données.

En juin dernier, Microsoft a reconnu devant le Sénat français qu’elle ne pouvait pas garantir que les données stockées en France ne seraient jamais transmises au gouvernement américain.

Le droit étasunien, avec des lois comme le Cloud Act, permet aux Etats-Unis d’exiger l’accès aux données hébergées par des entreprises américaines, même si les serveurs se trouvent en Europe.

Une feuille de route

Pour l’Etat français, il s’agit d’un risque inacceptable. Chaque ministère devra donc présenter une feuille de route pour sortir des outils américains d’ici à l’automne, a annoncé mercredi la Direction des ministères pour le numérique.

Cela ne concerne pas seulement Windows. Sept axes sont visés: le système d’exploitation, les outils collaboratifs, les antivirus, l’intelligence artificielle, les bases de données, la virtualisation et les équipements réseaux.

L’Etat a déjà sa propre boîte à outils, appelée « La suite numérique ». Elle comprend Tchap pour la messagerie, Visio pour les réunions en ligne, FranceTransfert pour l’échange de fichiers. Ces programmes sont hébergés en France, sur des serveurs certifiés par l’Agence de cybersécurité nationale.

Déjà utilisé par les gendarmes

Le secteur public français a déjà fait l’expérience d’une migration vers Linux. La Gendarmerie nationale a commencé à y recourir en 2008, avec succès.

La semaine dernière, la Caisse nationale d’assurance maladie a annoncé la migration de ses 80’000 agents vers ces outils souverains.

>> A réécouter dans Tout un monde : L’Europe est une colonie numérique des Etats-Unis / Tout un monde / 6 min. / le 1 juillet 2025 Une question de souveraineté

Le principal défi de cette transformation n’est pas technique, mais humain. Changer les habitudes de dizaines de milliers de fonctionnaires prend du temps. Il faut former, accompagner, convaincre.

Se pose néanmoins la question de la compatibilité: certains logiciels professionnels n’existent pas sous Linux.

Enfin, il faut que la France ne reste pas seule. A l’échelle d’un seul pays, face à des géants qui pèsent des centaines de milliards, la partie est difficile. C’est pourquoi Paris pousse pour une stratégie européenne commune, avec la création d’un consortium dédié aux outils numériques souverains.

Au fond, le transfert relève plus d’une question de souveraineté que d’informatique. L’Europe dépense chaque année plusieurs milliards d’euros en services numériques américains.

La France veut montrer l’exemple, en reprenant la main sur ses données, ses outils et ses choix technologiques.

Sujet radio: Pascal Wassmer

Adaptation web: ami