Face à l’augmentation des incendies de forêt, des solutions simples et écologiques, inspirées de pratiques anciennes, refont surface. L’émission L’Effet Papillon sur RTS Première explore ces initiatives qui pourraient transformer notre relation au feu et à la gestion des paysages.

Au Portugal, dans les montagnes près de Rio Maior, un troupeau de chèvres fait plus que brouter paisiblement. Ces animaux sont devenus des alliés dans la lutte contre les incendies. En nettoyant les sous-bois et en réduisant la végétation dense, ils créent des zones de discontinuité végétale, des coupe-feux naturels capables de ralentir la progression des flammes.

« Les chèvres mangent les broussailles et réduisent la charge de combustible, explique le berger Antonio. Dans les zones où elles passent, les risques d’incendie diminuent considérablement. »

Ce projet, porté par une coopérative locale, illustre comment des pratiques ancestrales, longtemps abandonnées, peuvent répondre aux défis environnementaux actuels. Cependant, maintenir ces troupeaux demande un investissement humain et financier important. « Être berger est un métier exigeant et peu valorisé. Pourtant, leur rôle est crucial pour préserver nos paysages et prévenir les incendies », souligne Pauline Villain Carlotti, géographe et spécialiste du risque d’incendie.

Les feux, un danger amplifié par nos choix

Les incendies de forêt sont de plus en plus fréquents et intenses. En 2022, l’Europe a enregistré un record de plus d’un million d’hectares détruits par les flammes.

« Les saisons des incendies s’allongent. Elles commencent plus tôt et se terminent plus tard. Ce phénomène est lié au changement climatique, mais aussi à nos choix d’aménagement du territoire », explique Pauline Villain Carlotti.

Utilisé avec précaution, le feu est un excellent outil pour la gestion des paysages et la résilience des écosystèmes

Pauline Villain Carlotti, géographe

L’urbanisation croissante et l’abandon des pratiques agricoles traditionnelles ont fragilisé les écosystèmes. En s’installant toujours plus près des forêts, les habitants augmentent leur exposition au risque. « Nous avons construit des territoires vulnérables aux incendies. Le déclin du pastoralisme et de l’agriculture a permis à la végétation de proliférer de manière incontrôlée, créant des paysages hautement inflammables », ajoute la géographe.

S’inspirer de la nature et des savoirs anciens

L’émission met également en lumière des phénomènes surprenants observés en Australie. Dans certaines régions du nord du pays, des rapaces, surnommés « faucons incendiaires », utilisent le feu pour chasser. En transportant des branches enflammées, ils déclenchent de nouveaux feux afin de faire fuir leurs proies, comme des insectes ou des petits rongeurs. Ce comportement, confirmé par des chercheurs, montre que le feu peut être un outil naturel.

Les peuples aborigènes, eux, maîtrisent depuis des millénaires l’art des brûlis culturels. Ces feux contrôlés, allumés au bon moment et au bon endroit, permettent de nettoyer les terres sans détruire la biodiversité.

Pauline Villain Carlotti voit dans ces pratiques une leçon à tirer: « Le feu, utilisé avec précaution, est un excellent outil pour la gestion des paysages et la résilience des écosystèmes. Mais il nécessite un savoir-faire et une compréhension fine des dynamiques naturelles », déclare-t-elle.

Vers une gestion durable des territoires

Au-delà des initiatives locales, une réflexion globale sur l’aménagement des territoires est nécessaire. La diversification des paysages, par exemple, pourrait réduire les risques d’incendie. « Les forêts composées d’une seule espèce, comme celle des Landes en France, sont particulièrement vulnérables. En alternant les essences et les strates végétales, on peut ralentir la propagation des flammes », indique Pauline Villain Carlotti.

Les pare-feux, qu’ils soient créés par des machines, des brûlis dirigés ou des troupeaux d’animaux, constituent également une solution efficace. Mais pour être durables, ces initiatives doivent s’inscrire dans une stratégie de prévention à long terme, impliquant des moyens humains, financiers et politiques.

>> A réécouter également dans Tout un monde : Les leçons à tirer des grands incendies de forêt en Espagne et au Portugal / Tout un monde / 11 min. / le 21 août 2025 Une prise de conscience en marche?

Malgré les défis, Pauline Villain Carlotti se dit optimiste: « Nous voyons émerger des thématiques autrefois absentes du débat public, comme le pastoralisme ou les feux dirigés. Ces idées commencent à trouver un écho et à être intégrées dans les politiques d’aménagement », observe-t-elle.

En réintroduisant des pratiques oubliées, comme l’entretien des paysages par les animaux ou les brûlis contrôlés, nous pouvons espérer construire des territoires plus résilients face aux incendies. Ces initiatives montrent qu’il est possible de s’inspirer du passé pour répondre aux défis de demain.

>> Le précédent épisode de l’émission L’Effet papillon : Et si la vraie richesse n’était pas d’avoir plus, mais d’avoir assez?

Zoé Decker