Une équipe de l’université de New York a détecté des particules de plastique dans la quasi-totalité des tumeurs prostatiques analysées, à des concentrations 2,5 fois supérieures à celles des tissus sains voisins. Une étude de petite ampleur, mais qui relance le débat sur les effets sanitaires d’une pollution désormais omniprésente.
C’est une étude de petite ampleur, et ses auteurs sont les premiers à le rappeler. Mais ses résultats sont suffisamment frappants pour qu’on s’y arrête. Présentés au Symposium des cancers génito-urinaires de l’American Society of Clinical Oncology et relayés début avril 2026 par la presse américaine, les travaux d’une équipe de la NYU Grossman School of Medicine montrent que des particules de microplastique ont été retrouvées dans 9 tumeurs prostatiques sur 10, à des concentrations en moyenne 2,5 fois plus élevées que dans les tissus sains adjacents.
Une étude pilote, mais des chiffres parlants
L’enquête a porté sur dix hommes atteints d’un cancer de la prostate qui avaient subi une ablation totale de leur glande. Les chercheurs ont analysé séparément les tissus tumoraux et les tissus sains environnants, en cherchant la trace de douze types courants de molécules plastiques. Les précautions prises pour éviter toute contamination ont été drastiques : outils en aluminium et coton, conditions de salle blanche.
Les résultats sont sans ambiguïté. Des particules de plastique ont été détectées dans 90 % des tumeurs analysées, et dans 70 % des tissus sains. Mais surtout, la concentration diffère du tout au tout : environ 40 microgrammes de plastique par gramme de tissu cancéreux, contre 16 microgrammes dans les tissus sains. Soit deux fois et demie plus.
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« Notre étude pilote apporte des preuves importantes que l’exposition aux microplastiques pourrait constituer un facteur de risque pour le cancer de la prostate », a déclaré la docteure Stacy Loeb, professeure d’urologie à la NYU Grossman School of Medicine et premier auteur de l’étude. Selon elle, il s’agit de la première évaluation occidentale de ce type à comparer la charge en microplastiques entre tissus prostatiques cancéreux et tissus sains.
Vittorio Albergamo, professeur assistant au département de pédiatrie de la NYU et coauteur principal, va plus loin : « En révélant un nouveau risque potentiel pour la santé lié au plastique, nos résultats soulignent la nécessité de mesures réglementaires plus strictes pour limiter l’exposition du public à ces substances, qui sont partout dans l’environnement. »
Corrélation n’est pas causalité — les chercheurs restent prudents
Soyons clairs : cette étude ne prouve pas que les microplastiques causent le cancer de la prostate. Elle établit une corrélation, pas un lien de cause à effet. La science sur les effets sanitaires des microplastiques chez l’homme reste, à ce jour, largement incertaine. Il est tout à fait possible, par exemple, que les tissus cancéreux soient simplement plus enclins à accumuler ces particules, sans que celles-ci jouent un rôle causal dans le développement de la maladie.
Le docteur David Shusterman, urologue new-yorkais qui n’a pas participé à l’étude, résume la position majoritaire dans la communauté scientifique : ce travail est « générateur d’hypothèses, pas de changement de pratique ». Il rappelle qu’« il n’existe actuellement aucun test clinique permettant de mesurer la charge en microplastiques dans la prostate, et aucune intervention validée pour les éliminer ». Aux hommes inquiets, il recommande de s’en tenir aux stratégies éprouvées de réduction du risque : maintenir un poids santé, faire de l’exercice régulièrement, ne pas fumer, limiter l’alcool, et suivre les recommandations de dépistage.
Plus critique encore, Chris DeArmitt, docteur en chimie et président du Plastics Research Council (un organisme financé par l’industrie qui se présente comme une organisation à but non lucratif), conteste la portée même des résultats : « Ils trouvent du plastique et aucun lien avec un quelconque effet sur la santé. On nous fait peur pour rien. » Il rappelle que des particules naturelles parfaitement non plastiques — quartz, poussière de bois, poussière de cuir — sont, elles, scientifiquement reconnues comme cancérigènes.
Pour d’autres médecins, un « signal d’alarme » à prendre au sérieux
D’autres voix, en revanche, jugent les résultats préoccupants. Le docteur Joseph Mercola, médecin de famille américain — figure également controversée pour certaines de ses prises de position publiques —, parle d’un « sérieux signal d’alarme ». Son argumentation s’appuie sur deux mécanismes biologiques connus.
Premier élément : la prostate est un organe « hormonal », c’est-à-dire qu’elle dépend étroitement de l’équilibre hormonal pour fonctionner normalement. Or les microplastiques contiennent et libèrent des substances chimiques connues comme perturbateurs endocriniens, notamment les phtalates et les bisphénols. Ces substances ne restent pas inertes : elles migrent, et peuvent venir perturber la régulation hormonale qui maintient une croissance cellulaire normale.
Deuxième élément : le cancer de la prostate apparaît « presque toujours » dans des tissus déjà enflammés. Or l’inflammation chronique est précisément la réponse de l’organisme à des expositions toxiques répétées. « Les microplastiques stressent vos cellules, abîment vos mitochondries, et déclenchent ce type d’inflammation au long cours qui donne au cancer un point d’ancrage », explique Mercola.
Le docteur Nhan Nguyen, médecin et avocat spécialisé dans les affaires liées aux substances PFAS (les fameux « polluants éternels »), fait pour sa part une comparaison frappante : « C’est comme l’annonce d’une marée noire. Sauf que cette marée noire est chronique et affecte des générations entières via notre eau, notre nourriture et nos objets du quotidien. »
Un cancer en progression constante
Le sujet est d’autant plus sensible que le cancer de la prostate est, en dehors des cancers de la peau, le cancer le plus fréquent chez les hommes dans les pays occidentaux. Selon l’American Cancer Society, son incidence aux États-Unis progresse de 3 % par an depuis dix ans. Sur 100 hommes américains, environ 13 développeront un cancer de la prostate au cours de leur vie, et 2 à 3 en mourront. Les chiffres français suivent une tendance comparable, avec environ 60 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année et près de 9 000 décès — c’est le cancer masculin le plus fréquent dans l’Hexagone.
Or les microplastiques sont désormais omniprésents. Ils pénètrent dans le corps humain par trois voies : ingestion (eau, aliments, vaisselle), inhalation (textiles synthétiques, poussières domestiques) et contact cutané. Des études antérieures en ont retrouvé dans pratiquement tous les organes humains — sang, poumons, placenta, et même tissu osseux. Mais les conséquences exactes de cette accumulation restent largement à explorer.
Que faire en attendant ?
Plus que jamais, le principe de précaution semble s’imposer — sans pour autant céder à la panique. En attendant des études de plus grande ampleur capables d’établir, ou d’écarter, un véritable lien de causalité entre microplastiques et cancer de la prostate, les recommandations classiques tiennent toujours : limiter l’usage des plastiques alimentaires (en particulier ne jamais réchauffer un aliment dans un contenant en plastique), privilégier l’eau du robinet filtrée plutôt qu’embouteillée quand c’est possible, réduire les textiles synthétiques au profit du coton ou du lin, aérer son logement pour limiter les microparticules en suspension.
Et plus fondamentalement, peut-être, accepter de regarder en face une réalité industrielle et économique : nous avons enseveli notre environnement, notre alimentation et nos vêtements sous une couche de plastique en l’espace de deux générations, sans jamais véritablement nous interroger sur les conséquences à long terme pour le vivant. Les chercheurs, eux, commencent à peine à mesurer ce que nous y avons perdu — et ce que nos corps en gardent.
Comme le résume Vittorio Albergamo, ces résultats devraient surtout pousser les autorités sanitaires à enfin prendre au sérieux la question d’une régulation plus stricte de la production et de l’usage des plastiques. Car au-delà du débat scientifique sur la causalité, une chose est certaine : retrouver des particules de plastique dans 9 tumeurs sur 10 d’organes humains n’a, en soi, rien de rassurant.
Source : Étude pilote présentée au Genitourinary Cancers Symposium de l’American Society of Clinical Oncology, menée par la Dr Stacy Loeb (NYU Grossman School of Medicine) et le Pr Vittorio Albergamo.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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