La Suisse est le troisième marché le plus important pour les cigares cubains. Dans l’île des Caraïbes, en pleine crise énergétique, la culture du tabac représente un apport de devises important. Les millions de bénéfices qui en découlent profitent au régime.
« Regardez comme ce champ est beau. Le vent plie les feuilles de tabac; sans cela, ce serait encore plus joli », lance Salvador Carvajal Rodríguez. Ce cultivateur de tabac possède une plantation de 14 hectares dans la province de Pinar del Río, dans l’ouest de Cuba. La récolte est en cours.
« Cette année, nous avons été confrontés à d’énormes difficultés », poursuit cet homme de 77 ans. La crise énergétique à Cuba complique l’accès à l’essence et à l’électricité. Malgré cela, la récolte est bonne, affirme-t-il. « Il a fait assez froid cette année, et le tabac pousse bien par temps frais. La nature nous a aidés. »
L’agriculteur cubain Salvador Carvajal Rodríguez cultive du tabac sur 14 hectares. [SRF – ANNA LEMMENMEIER]
Salvador Carvajal Rodríguez cultive ses champs avec l’aide de bœufs et dépend peu de l’électricité, contrairement à d’autres producteurs. « Certains irriguent leurs champs avec des pompes électriques. Et aujourd’hui, ces plantations souffrent », témoigne l’agriculteur.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Services Tiers.
Accepter Plus d’info
Pas encore d’impact sur les exportations
L’embargo pétrolier américain et l’arrêt des livraisons vénézuéliennes depuis plusieurs semaines aggravent la crise énergétique du pays. Mais pour l’instant, ces difficultés n’ont pas d’effet sur les ventes de cigares. Du moins pas en Suisse, troisième marché pour les cigares cubains en volume, après l’Espagne et l’Allemagne.
En Suisse, la demande de « habanos » dépasse toutefois l’offre depuis plusieurs années, explique Louis-Charles Levy, membre du conseil d’administration d’Intertabak AG. « Nous pourrions sans problème écouler 20% à 30% de cigares supplémentaires », indique-t-il.
Le marché des cigares cubains a connu une forte hausse des prix, notamment en raison de la popularité croissante des « habanos » en Chine. À titre d’exemple, le très prisé Cohiba Siglo VI coûte désormais environ 100 francs pièce. Et pourtant, les consommatrices et consommateurs suisses semblent en mesure de suivre cette évolution.
Des photos de Fidel Castro et de Che Guevara sur la table d’ouvriers roulant des cigares, lors d’une visite de presse dans une fabrique de Cohiba à La Havane, en mars 2012. [KEYSTONE – JAVIER GALEANO] Une production controversée
Intertabak détient le monopole de l’importation de cigares cubains en Suisse. L’entreprise appartient pour moitié à l’État cubain. Concrètement, chaque cigare vendu en Suisse génère des revenus qui profitent au régime cubain. Cela représente des millions de francs chaque année.
Interrogé par SRF, Intertabak ne souhaite pas s’exprimer sur cette question. L’entreprise reste également prudente lorsqu’il s’agit d’évoquer les conditions de production des cigares à Cuba.
Il y a six mois, l’organisation de défense des droits humains Prisoners Defenders a publié un rapport (pdf) indiquant qu’une partie des cigares cubains sont fabriqués dans des prisons du pays, où sont détenus des prisonniers politiques. L’entreprise publique cubaine qui gère l’exportation des cigares a confirmé ces informations.
Tous les havanes sont roulés à la main par des « torcedores », comme Lázaro Aguilera. Mais certains de ces cigares sont aussi roulés en prison. [SRF – ANNA LEMMENMEIER]
L’ONG Prisoners Defenders parle de travail forcé. Intertabak rejette cette qualification. « La seule chose que je sais, c’est qu’il existe des travaux d’intérêt général pour les détenus à Cuba, comme dans tous les pays », affirme Louis-Charles Levy. Il n’est donc pas exclu, concède-t-il, que des cigares soient fabriqués en prison dans ce cadre.
Une chose est certaine: les cigares cubains sont consommés en grand nombre en Suisse. Et cette consommation de havanes génère des bénéfices qui soutiennent le régime en place à Cuba.
Les vitraux de la fabrique de cigares La Corona à La Havane. [SRF – ANNA LEMMENMEIER]
Anna Lemmenmeier, SRF
Adaptation pour RTSinfo: Didier Kottelat