La moule quagga est présente dans cinq lacs suisses, dont quatre en Suisse romande. Pour endiguer son expansion, des cantons imposent des nettoyages assidus des bateaux. Une mesure contraignante pour ralentir l’inévitable.
L’heure est au grand nettoyage de printemps dans les ports suisses. A Neuchâtel, après des mois passés dans l’eau, certains bateaux affichent un état préoccupant.
« Ça fait une dizaine d’années qu’on voit une recrudescence de la moule quagga dans l’eau. Elle colonise considérablement toutes les coques. Un moteur qui stagne se fait très vite envahir, ce qui bouche les filtres et puis détruit le matériel », explique dans le 19h30 Sébastien Audetat, responsable des ports de la ville de Neuchâtel.
Depuis 2015, la moule quagga a déjà colonisé le Léman, les lacs de Neuchâtel, Morat et Bienne, ainsi que le lac de Constance.
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Les lacs bernois résistent encore à cet envahisseur. Le canton a donc adopté, il y a un an, une nouvelle réglementation. Désormais, chaque bateau qui change de plan d’eau doit passer par un nettoyage complet dans un centre agréé.
Une seule larve
En Suisse romande, ils sont moins d’une dizaine à effectuer ce travail minutieux. « Une larve de moule quagga peut se nicher dans une goutte d’eau. Une larve suffit pour coloniser un lac. Il faut alors passer tout ce qui a été en contact avec l’eau du lac à une température de 45 à 60 degrés », détaille Luc Boissard, propriétaire d’un chantier naval à Sugiez (FR).
Il poursuit: « Pour les bateaux standards, en principe, cela comprend la coque, la transmission, le moteur qui est refroidi avec l’eau du lac et qui va être purgé, et la cale du bateau »,
A un coût de 130 francs de l’heure, l’addition peut vite grimper. Il faut comprendre entre 300 et 1000 francs pour un nettoyage certifié. De quoi en décourager certains et en surprendre d’autres, encore peu familiarisés avec cette nouvelle réglementation.
« Les visiteurs qui viennent passer leurs vacances sur notre beau lac de Bienne, quand ils repartent, ils auront certainement l’obligation de devoir nettoyer leur bateau avant de pouvoir le remettre dans leur plan d’eau », explique Michel Zbinden, garde-port de Bienne
Une question de temps
Reste à savoir si cette réglementation, aussi contraignante soit-elle, suffira à freiner la propagation des moules quagga. « Je doute que nos super canards ou cygnes qui se déplacent d’un plan d’eau à l’autre puissent être passés par un karcher à 60 degrés », ironise Michel Zbinden.
Selon lui, ce n’est qu’une question de temps avant que la moule quagga envahisse d’autres lacs. Au-delà de Berne, six cantons de Suisse centrale imposent eux aussi désormais le nettoyage systématique des bateaux.
Thierry Grüning/asch