Alors que s’ouvre le grand salon de l’horlogerie Watches and Wonders à Genève, les contextes géopolitique et économique mondiaux, qui pèsent sur le secteur, pourraient être les principaux sujets de conversation dans les allées. Au micro de La Matinale mardi, Olivier Müller, consultant en horlogerie, qualifie cette crise de « particulièrement aiguë ».
Olivier Müller constate une accumulation de plusieurs éléments conjoncturels négatifs. « On a un franc suisse très fort, un prix de l’or qui explose et des tensions géopolitiques. Donc on a beaucoup de choses négatives qui viennent se cumuler en plus des problèmes structurels », indique-t-il.
Selon lui, la guerre au Moyen-Orient est une « très mauvaise nouvelle », qui s’ajoute au retournement du marché chinois. « Le Moyen-Orient est à l’arrêt quasi-complet, avec quelques exceptions fortement négativement impactées », rapporte-t-il.
>> Sur le marché chinois, lire : L’Asie ne raffole plus des montres suisses, la mécanique s’enraye
On a une épée de Damoclès au-dessus de la tête
Olivier Müller, consultant en horlogerie
Dans la même lignée, Yves Bugmann, président de la Fédération horlogère, souligne les conséquences des hostilités au Moyen-Orient sur le secteur: « La région absorbe 10% de nos exportations et le tourisme est un facteur économique important pour nous aussi dans cette région. Les Emirats arabes unis sont le huitième marché de l’industrie horlogère suisse, l’Arabie Saoudite est à la 15ᵉ place et le Qatar à la 21ᵉ place ».
>> Le sujet de La Matinale : Watches and Wonders, le grand salon annuel de l’horlogerie, ouvre ses portes à Genève mardi / La Matinale / 1 min. / aujourd’hui à 06:25
Au-delà d’une baisse des exportations, Olivier Müller craint que le conflit se répercute sur l’économie américaine. Or c’est le marché, selon lui, qui permet actuellement au secteur horloger de se maintenir en vie. « Si tout d’un coup une stagflation (inflation et stagnation) s’installe aux Etats-Unis, ce sera pire encore », anticipe le consultant.
>> Suivre la guerre au Moyen-Orient en direct : L’armée iranienne dénonce un « acte de piraterie » après l’annonce du blocus du détroit d’Ormuz
« On vit dans l’incertitude »
L’appréhension est d’autant plus forte que les droits de douane américains ne sont toujours pas fixés. « C’est une administration et un président pour le moins instables. On est mi-avril et on n’a toujours pas d’accords signés alors qu’on aurait dû signer fin mars. Donc on vit dans l’incertitude. C’est du poison pour tout business », dénonce Olivier Müller.
Il souligne aussi qu' »on ne sait pas si tout d’un coup l’administration Trump fera marche arrière sur les droits de douane ou si elle va introduire un autre élément punitif ».
>> Sur les droits de douane, lire : L’abaissement des droits de douane additionnels américains à 15% entre en vigueur avec effet rétroactif
L’emploi aussi en péril
La conjoncture a également des conséquences sur l’emploi. « On a une épée de Damoclès au-dessus de la tête », dit-il.
Les RHT sont là pour amortir des cycles conjoncturels et pas pour parer à des problèmes structurels
Olivier Müller, consultant en horlogerie
L’expert explique que les RHT (réduction de l’horaire de travail), qui sont un outil très utile pour amortir des cycles conjoncturels baissiers, apportent actuellement leurs bénéfices à la branche, mais ils doivent être renouvelés par une décision du Conseil fédéral avant le 31 juillet. « S’ils le sont, ce sera de nouveau un peu d’oxygène pour le secteur. Sinon, je pense qu’il va y avoir des conséquences relativement importantes sur l’emploi, notamment dans la sous-traitance, mais pas que », anticipe Olivier Müller.
« Une société sur quatre bénéficie actuellement des RHT au niveau de la sous-traitance », précise Yves Bugmann.
Olivier Müller estime aussi que les RHT doivent rester une solution à court terme. « On ne devrait pas ‘subventionner’ des emplois sur le long terme. Les RHT sont là pour amortir des cycles conjoncturels et pas pour parer à des problèmes structurels. »
Propos recueillis par Yann Amedro
Article web: juma / Sylvie Belzer