« I Swear » de Kirk Jones met en lumière l’incompréhension et la stigmatisation auxquelles sont confrontées les personnes atteintes du syndrome de Gilles de la Tourette. Sensible et plein d’humour, le film sorti le 8 avril retrace l’histoire vraie de John Davidson, qui a contribué à faire connaître ce handicap.

« Je jure devant Dieu Tout-Puissant de dire toute la vérité. De dire toute la vérité, gros connard. » A l’image de cette scène dans laquelle John Davidson insulte un juge dans un tribunal, « I Swear (Plus fort que moi) » plonge les spectateurs dans la réalité du syndrome de Gilles de la Tourette à travers le parcours de ce militant écossais qui a fait connaître ce handicap en Grande-Bretagne dès la fin des années 1980.

Ce trouble neurologique se manifeste par des tics moteurs et vocaux involontaires, parfois – mais pas systématiquement – accompagnés de l’émission incontrôlée de jurons. Situé à mi-chemin entre le documentaire et le film feel good, le long métrage de Kirk Jones parvient à montrer des souffrances bien réelles, sans tomber dans le pathos qui caractérise trop souvent les biopics.

>> A écouter, une interview de la professeure Kerstin von Plessende, spécialiste du syndrome Gilles de la Tourette : « Plus fort que moi »: un film sur le syndrome de la Tourette / CQFD / 13 min. / jeudi à 10:06 La rupture du lien social

Structuré en deux parties, le film s’attarde d’abord sur l’adolescence de John. Elle montre de manière progressive le calvaire que vit ce jeune homme, de l’incompréhension familiale à l’exclusion sociale. La seconde partie, plus tournée vers la résilience et la reconstruction, vient ensuite prolonger le récit.

John Davidson est d’abord rejeté de la table familiale, contraint de manger seul devant la cheminée car il ne peut s’empêcher de cracher sa nourriture au visage de ses parents. Une autre scène illustre tout aussi clairement la rupture du lien social à laquelle il est confronté: alors qu’il invite une camarade à aller au cinéma, il laisse échapper un juron obscène, brisant instantanément cette relation naissante.

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La violence de l’exclusion

Le film montre les conséquences sociales réelles de ce syndrome parfois perçu comme amusant et souvent montré de manière caricaturale. Le personnage subit des violences physiques, se fait tabasser, arrêter par une police qui ne comprend pas sa pathologie. L’incompréhension atteint son paroxysme lors de cette scène de tribunal où, incapable de contrôler ses tics, il insulte le juge et se retrouve emprisonné.

Et pourtant, John Davidson ne fait objectivement de mal à personne. Mais par ses crises, ses cris, ses jurons, il vient perturber l’ordre social, ce qui va conduire à son ostracisation progressive. Le film interroge ainsi moins le syndrome lui-même que les mécanismes sociaux qui transforment une différence en motif d’exclusion.

Un montage qui renforce le processus d’isolement

Le montage joue un rôle déterminant dans cette lecture, particulièrement durant la partie consacrée à l’adolescence. Le rythme, d’abord rapide et presque euphorique, bascule brusquement vers une temporalité plus lente et étouffante à mesure que les premiers symptômes apparaissent, traduisant formellement la perte de contrôle et l’isolement croissant du personnage.

Les cadrages participent de cette même logique: de plus en plus serrés, souvent confinés à des espaces clos, ils enferment John dans des intérieurs qui deviennent autant de métaphores visuelles de son repli forcé. La forme épouse ainsi le fond, matérialisant l’exclusion sociale et l’incompréhension qui structurent son expérience.

La représentation du handicap à l’écran

Ni Scott Ellis Watson, qui incarne le personnage adolescent, ni Robert Aramayo, qui le joue adulte, ne sont atteints du syndrome de la Tourette. Leurs performances reposent donc entièrement sur le jeu d’acteur. Robert Aramayo a d’ailleurs été récompensé du BAFTA (équivalent d’un César en Grande-Bretagne) du meilleur acteur pour cette interprétation jugée digne et réaliste.

Ce parti pris de distribution a toutefois suscité un débat sur la représentation du handicap à l’écran. Kirk Jones avait initialement envisagé que John Davidson interprète son propre rôle, mais les deux hommes ont rapidement compris que cela serait irréalisable. Le réalisateur a expliqué qu’il aurait été notamment extrêmement difficile d’obtenir certains tics de manière répétée et contrôlée pour les besoins précis de certaines scènes de la part d’une personne réellement atteinte du syndrome Gilles de la Tourette.

Sujet radio: Noémie Desarzens, Vincent Adatte et Rafael Wolf

Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente

« I Swear (Plus fort que moi) » de Kirk Jones, Avec Robert Aramayo, Shirley Henderson, Maxine Peake. A voir dans les salles romandes depuis le 8 avril 2026.