Au pays de son père, elle a offert un deuxième hymne national. Née à Londres d’une mère britannique et d’un père gambien, Sona Jobarteh compose en 2015 un morceau à l’occasion du 50e anniversaire de l’indépendance de ce petit Etat ouest-africain, enclavé dans le Sénégal. Aujourd’hui, la vidéo compte des dizaines de millions de vues. Elle dit l’âme inaltérable d’une culture; elle dit aussi la puissance d’une femme que rien ne prédestinait à devenir un monument de la kora.

Et pourtant, le son liquide de cette harpe mandingue à 21 cordes coule dans sa généalogie depuis plus de siècles qu’on en peut compter. «Je ne me souviens pas d’un seul jour depuis ma naissance sans entendre la kora!» rit-elle au bout du fil. Les Jobarteh – orthographié Diabaté dans les pays francophones – se passent cet outil à cordes pincées comme une prière, de père en fils. Sauf qu’elle est une fille. «Sans ma grand-mère, je n’aurais pas pu.»