À 19 ans, Naomi Luyet réalisait son rêve. La jeune Valaisanne signait à Hoffenheim et devant elle semblaient s’ouvrir les portes d’un véritable conte de fées. Mais une pubalgie est venue ternir cette belle histoire et révéler une difficile réalité pour les jeunes sportives et sportifs qui tentent l’aventure à l’étranger.
Arrivée blessée dans le club de Bundesliga, la Saviésanne est demeurée clouée loin des terrains par une pubalgie durant de longs mois. « On fait les mêmes exercices pendant des mois, exactement les mêmes choses », a-t-elle confié lors d’une rencontre en Allemagne avec RTSsport. Loin de sa famille et de ses amis, isolée de son équipe, Luyet a vécu une période très compliquée. « On n’a plus la motivation de se lever. On a l’impression que ça ne va jamais s’améliorer. On perd vraiment espoir. »
La psychologue du sport Laurence Chappuis connaît bien ce type de situations. « Ce n’est pas du tout habituel d’être retiré très tôt à ses proches, à sa famille, dans la construction de l’adolescence, explique-t-elle. Normalement, ces liens sociaux et familiaux sont très structurants et permettent à l’identité de vraiment se construire. Cette sorte de rupture peut bien se passer, mais être aussi extrêmement douloureuse. Notamment lorsqu’il y a des blessures ou que le projet ne se passe pas si bien. Le jeune adulte, qui n’a pas encore toutes les ressources, a besoin d’aide extérieure. »
Sport matin – Partir à l’étranger, un choix tout sauf anodin dans la carrière des jeunes sportifs / Sport matin / 4 min. / mercredi à 06:39
Dans cette étape, la famille et l’entourage jouent naturellement un rôle prépondérant. L’Association suisse de football (ASF) a également conscience de l’importance de bien entourer ces jeunes. Ancienne responsable des talents à l’ASF, Noémie Beney a accompagné les jeunes joueuses confrontées à ce type de réalité. « Mon but principal était de construire une relation de confiance avec elles d’abord pour leur montrer que j’étais là pour elles. Chaque individu est différent. Les périodes, les besoins évoluent aussi, selon les individus et le temps. » Naomi Luyet ne cache pas que le soutien d’Hoffenheim a été très précieux pour lui permettre de revenir et de retrouver les terrains le 21 mars dernier.
Un départ à l’étranger n’a rien d’anodin aussi tôt dans une carrière. « C’est un très grand rêve et c’est bien que les sportifs nourrissent des rêves et essaient de les réaliser, souligne Laurence Chappuis. Mais ça peut effectivement être une grosse coupure. Le lien social peut être extrêmement difficile à tisser sur place, parce qu’il y a beaucoup de pression, d’attentes, de choses à faire. C’est pour ça que la préparation en amont, le plus tôt possible, est vraiment un gage de sécurité. »
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