Comment faire baisser les primes d’assurance‑maladie? Faut‑il miser sur la libre concurrence ou, au contraire, sur une caisse unique? Ces questions structurent depuis près de trente ans le débat politique suisse autour de la LAMal. Mais selon des travaux présentés par Unisanté, le système d’assurance en tant que tel joue un rôle secondaire dans la hausse des coûts.

Trente ans après l’entrée en vigueur de la loi sur l’assurance‑maladie (LAMal), un bilan bouscule les lignes traditionnelles du débat. Selon le dernier bulletin (policy brief) du Centre universitaire de médecine générale et santé publique Unisanté, si des liens existent entre l’organisation de l’assurance et les coûts de la santé,  »ils sont peu déterminants face à d’autres leviers, notamment la régulation de l’offre de soins ».

Dans son communiqué diffusé mardi, Unisanté rappelle que les frais administratifs de gestion de l’assurance ne représentent que 5% des coûts de la santé. Les 95% restants « s’expliquent par de multiples autres facteurs, qui ne sont pas directement liés à la manière dont l’offre d’assurance est organisée ».

Le débat sur les caisses masque l’essentiel

Invitée mardi dans l’émission de forum, l’autrice principale de cette étude, Chantal Grandchamp, économiste au CHUV, affirme que la focalisation du débat masque l’enjeu principal: « La manière dont on organise l’assurance maladie – qu’elle repose sur un assureur unique ou sur une concurrence entre caisses, publiques ou privées – n’a que peu d’impact sur les coûts des soins », souligne-t-elle.

Attaquons‑nous directement aux causes des coûts des soins plutôt que de passer par la question du pouvoir des assurances pour réguler l’offre de soins

Chantal Grandchamp, économiste au CHUV

Pour peser réellement sur les dépenses, l’économiste plaide pour une action directe sur les facteurs qui les génèrent: « Attaquons‑nous directement aux causes des coûts des soins plutôt que de passer par la question du pouvoir des assurances pour réguler l’offre de soins ».

Elle souligne par ailleurs que réduire la facture des primes et contenir les coûts des soins sont deux objectifs distincts, qui appellent des réponses différentes. Elle explique que « nous pourrions très bien alléger les primes d’assurance‑maladie en finançant davantage par les impôts, par exemple ». En revanche, maîtriser durablement les dépenses suppose d’agir sur les causes mêmes des coûts, comme l’état de santé de la population.

Un débat trop souvent réduit à la hausse des primes

A travers ce policy brief, Unisanté dit vouloir proposer une analyse factuelle et non partisane. Selon Chantal Grandchamp, son objectif est d’apporter des éléments concrets pour clarifier un débat souvent dominé par des raccourcis.

Unisanté regrette que « dans un contexte de hausse continue des coûts, les réformes sont continuellement discutées uniquement sous l’angle des primes à la charge des assurés et non des facteurs induisant les coûts ».

Selon Unisanté, « il est important de rappeler que la santé de la population dépend peu du système de soins, que le financement ne se résume pas aux primes et que celles-ci dépendent peu de la manière dont la gestion de l’assurance est organisée ».

Pour le Centre universitaire, encourager et soutenir la promotion et la prévention de la santé serait un meilleur moyen de mieux maîtriser ses coûts.

Propos recueillis par Anne Fournier/Thibaut Schaller

Adaptation web: Miroslav Mares avec l’ats