Vieillir sans se cacher, telle est l’ambition d’un projet inédit en Suisse. A Zurich, la Ville s’est associée à l’association queerAltern pour lancer un immeuble médicalisé destiné aux personnes âgées LGBTQIA+. La première pierre a été posée en fin de semaine dans le quartier d’Albisrieden, au sud-ouest de la ville.

Baptisé Espenhof, le futur complexe comprendra trois bâtiments et près de 140 appartements protégés. Parmi eux, 26 logements seront exclusivement réservés à des seniors LGBTQIA+.

Le projet se veut toutefois résolument mixte. « Nous voulons de la diversité, nous voulons du mélange », explique Andreas Hauri, municipal en charge de la Santé, dimanche dans le 12h30 de la RTS. « Mais nous mettons quelques appartements à la disposition des personnes queer afin qu’elles bénéficient d’une certaine protection lorsqu’elles sont âgées ou très âgées. »

Un modèle que Zurich espère voir essaimer ailleurs en Suisse. Des projets similaires existent déjà notamment en Espagne et en Angleterre.

A Zurich, la Ville et l'association queerAltern ont posé la première pierre d'un immeuble médicalisé destiné aux personnes âgées LGBTQIA+, le 29 janvier 2026. [VILLE DE ZURICH] A Zurich, la Ville et l’association queerAltern ont posé la première pierre d’un immeuble médicalisé destiné aux personnes âgées LGBTQIA+, le 29 janvier 2026. [VILLE DE ZURICH] Vieillir sans redevenir invisible

A l’origine de cette initiative, l’association queerAltern porte le projet depuis 2018. Pour sa présidente Barbara Bosshard, la portée d’Espenhof est à la fois sociale et symbolique. « Ce jour est extrêmement important pour moi. Il marque une étape majeure pour les personnes queer en Suisse, intégrées dans un quartier résidentiel, mais disposant de leur propre lieu. »

Elle rappelle une réalité encore largement méconnue: dans certaines maisons de retraite, des personnes âgées LGBTQIA+ renoncent à afficher leur identité. « Elles n’ont plus l’énergie d’assumer leur orientation ou leur identité de genre. Elles se cachent à nouveau, comme elles le faisaient à l’école. C’est un poids psychologique immense. Nous voulons leur épargner cela afin qu’elles puissent vieillir dans la dignité. »

Les rares données disponibles confirment ce constat. Dans une enquête menée il y a quelques années dans une vingtaine d’EMS zurichois, seules deux personnes déclaraient ouvertement leur orientation sexuelle.

Les premiers habitants du complexe Espenhof sont attendus au printemps 2028. [LOOMN ARCHITEKTUR] Les premiers habitants du complexe Espenhof sont attendus au printemps 2028. [LOOMN ARCHITEKTUR] Des soins adaptés, sans devoir se justifier

L’enjeu est aussi très concret dans le domaine des soins. Pour certaines personnes, notamment transgenres, les soins intimes peuvent être particulièrement sensibles. Sur le blog de gérontologie commun du Centre de gérontologie de l’Université de Zurich et des centres de santé pour personnes âgées, Dieter Achtnich souligne l’importance d’un environnement de confiance.

Il cite l’exemple d’une femme transgenre nécessitant des soins personnels spécifiques: « Pour le dire simplement: je me rase le maillot depuis 40 ans. Je souhaite continuer à le faire même à 80 ou 90 ans, même si je ne peux plus le faire moi-même. Je n’ai pas envie d’en parler, ni probablement l’énergie. Je veux que cela fasse partie intégrante de ma routine de soins. »

Une avancée, mais pas une fin en soi

Pour Barbara Bosshard, le projet Espenhof représente une avancée majeure, sans pour autant marquer la fin des discriminations. « Lors de la votation sur le mariage pour tous, 30 % des votants ont dit non. Cette hostilité, nous la ressentons encore aujourd’hui, y compris dans les maisons de retraite. »

Selon Andreas Hauri, les résistances sont toutefois limitées dans la capitale économique suisse. « A Zurich, où la diversité est une réalité, il n’y a plus beaucoup d’opposition », affirme-t-il.

Les premiers habitants du complexe Espenhof sont attendus au printemps 2028.

Valentin Jordil