Le blocus du détroit d’Ormuz, en vigueur depuis fin février, perturbe gravement le transit d’engrais essentiels à l’agriculture mondiale. Les récoltes de 2027 pourraient être compromises, et des pénuries alimentaires se profilent déjà dans certaines régions d’Afrique.

Le conflit au Moyen-Orient, qui entre dans son 47ᵉ jour, a des répercussions bien au-delà de la région. Le blocus du détroit d’Ormuz empêche le transit d’un tiers de la production mondiale des engrais, indispensables pour nourrir la planète.

Le manque d’engrais ou leur prix exorbitant affecte directement les récoltes de blé, de maïs et de colza. En Europe, les inquiétudes se concentrent surtout sur les récoltes de 2027, car les réserves d’engrais sont déjà constituées. Mais les effets sont déjà visibles de l’autre côté de la Méditerranée où des pénuries menacent les récoltes de cette année dans plusieurs pays d’Afrique.

>> Revoir le sujet du 19h30 sur la hausse des prix de l’engrais qui pèse sur les agriculteurs : La hausse des prix de l'engrais et du diesel pèse sur les agriculteurs La hausse des prix de l’engrais et du diesel pèse sur les agriculteurs / 19h30 / 2 min. / hier à 19:30 Un risque de famines et de déstabilisation politique

Si le conflit se prolonge, la communauté internationale devra intervenir rapidement. Les Nations unies estiment qu’un programme d’approvisionnement en engrais coûterait plusieurs milliards de dollars, avant une éventuelle opération d’aide alimentaire à grande échelle pour la fin de l’année.

Les experts alertent sur une crise alimentaire mondiale qui pourrait provoquer des famines localisées dans des zones déjà fragiles comme le Sahel, la Somalie et le Soudan et d’accélérer la déstabilisation politique dans des États déjà sous pression.

« Comment gérer collectivement cette pénurie? »

Interrogé dans La Matinale, David Laborde, directeur de la division politique et économique alimentaire de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations unies (FAO), avertit également que sans engrais, la production agricole est gravement compromise. Il cite l’exemple du Sri Lanka, qui, il y a quelques années, ne pouvait pas acheter ses engrais sur les marchés mondiaux et qui a perdu 30% de sa production de riz dans l’année. Cette situation pourrait se répéter si le blocage du détroit persiste, affectant les agriculteurs du monde entier, y compris en Suisse.

Il est crucial d’utiliser stratégiquement les ressources disponibles et d’éviter les comportements opportunistes

David Laborde, directeur à la FAO

La vraie question pour lui est de savoir « comment on va gérer collectivement cette pénurie? Les agriculteurs européens ou américains auront probablement les moyens de payer les augmentations des prix des engrais et de répercuter les coûts sur les prix », précise David Laborde. En revanche, en Asie du Sud et en Afrique, où de nombreux agriculteurs ne disposent pas des ressources nécessaires, les effets pourraient être dévastateurs. « Il va être important de donner des moyens financiers aux agriculteurs, aux pays les plus pauvres qui n’ont pas forcément la liquidité pour acheter des engrais ».

Des solutions pour éviter une crise alimentaire mondiale

Face à cette situation, la FAO préconise plusieurs mesures. Tout d’abord, il est impératif de rouvrir le détroit d’Ormuz pour rétablir le commerce mondial des engrais. Ensuite, les pays producteurs de fertilisants doivent éviter d’imposer des restrictions à l’exportation. Enfin, des lignes de crédit et des aides financières doivent être mises en place pour soutenir les agriculteurs et les ménages les plus vulnérables.

« Il est crucial d’utiliser stratégiquement les ressources disponibles et d’éviter les comportements opportunistes », conclut David Laborde.

Sujet radio: Foued Boukari

Adaptation web: France-Anne Landry