Plus de quatre médecins sur dix en exercice en Suisse ont obtenu leurs diplômes à l’étranger, selon la dernière statistique médicale de la Fédération suisse des médecins (FMH). Par ailleurs, plus d’un quart d’entre elles et eux ont plus de 60 ans, suscitant des craintes sur le renouvellement d’une profession qui peine déjà à absorber la demande.
La Suisse est donc « structurellement tributaire » de ces médecins diplômées et diplômés à l’étranger, relève la FMH mercredi dans un communiqué. Au total, 44’612 médecins exerçaient en Suisse en 2025, soit une hausse de 5% sur un an. Et la part d’entre eux ayant été formés hors de Suisse (43%) est également en croissance.
Pour cause: trois quarts des nouveaux médecins entrés dans le système de santé helvétique l’année dernière étaient titulaires d’un diplôme obtenu à l’étranger, « une statistique qui n’a cessé d’augmenter ces dernières années », précise la FMH. La plupart ont fait leurs études en Allemagne, en Italie, en France ou en Autriche.
Dans le détail, plus de la moitié (52%) des 1132 nouveaux titres de spécialistes fédéraux ont été délivrés à des titulaires d’un diplôme de médecin étranger. A quoi s’ajoutent plus de 1500 titres de spécialistes étrangers reconnus la même année. La Suisse reste donc « loin de pouvoir assurer par elle-même le renouvellement de la relève médicale », souligne la FMH.
« L’essence même de la médecine » en péril
La situation apparaît d’autant plus problématique que la hausse du nombre de médecins actifs en Suisse ne suffit pas à répondre au vieillissement de la population ni à la hausse des besoins en prestations médicales, indique la FMH, tandis qu’en parallèle, l’âge moyen des médecins est de 50 ans, et un quart ont 60 ans ou plus, laissant présager une importante vague de départs à la retraite imminente.
En 2025, toutes disciplines confondues, la densité médicale s’établissait à 4,2 équivalents plein temps (EPT) pour 1000 habitants en Suisse, soit un chiffre comparable aux pays voisins. La situation est en revanche beaucoup plus tendue dans la médecine de premier recours (0,9 EPT pour 1000 habitants). Par conséquent, un tiers des cabinets de médecine de famille n’acceptent plus de nouveaux patients, rappelle la FMH.
De manière générale, « la statistique médicale 2025 montre que la pénurie de personnel qualifié met en péril la sécurité des soins », alerte ainsi la fédération. « Cette situation, conjuguée à une forte pression sur les coûts et à une charge administrative élevée, réduit le temps consacré aux patientes et aux patients, l’essence même de la médecine », déplore le communiqué.
Augmentation des places d’études et baisse du temps de travail
Pour faire face à ces défis, la faîtière demande plusieurs mesures, notamment une augmentation des places d’études en médecine humaine et des postes de formation postgraduée en cabinet. La FMH plaide également pour de meilleures conditions de travail, qui passent par un allègement de la charge administrative et des temps de travail plus équilibrés.
Elle rappelle qu’en moyenne, les médecins travaillent encore environ 43 heures par semaine. Or, dans la profession, ce temps de travail est considéré comme du « temps partiel », alors que les jeunes générations demandent des conditions de travail calquées sur les normes nationales, explique le vice-président de la FMH Christoph Bosshard dans le dernier numéro du Bulletin des médecins.
Et de rappeler que le temps de travail hebdomadaire moyen en Suisse était de 31 heures en 2024, selon l’Office fédéral de la statistique.
ats/jop