Menaces, ultimatums et volte-face: en matière de diplomatie, la stratégie de Donald Trump s’apparente à des méthodes d’homme d’affaires. Elle semble toutefois assumée par le président américain, malgré des résultats peu concluants sur la scène internationale.

A chaque crise, le président américain dégaine des ultimatums adressés non seulement à ses adversaires, mais aussi à ses alliés. Cette méthode est inspirée de sa pratique de promoteur immobilier, décrite dans son livre « L’art du deal » publié en 1987.

Donald Trump appliquerait ainsi à la sphère diplomatique des pratiques du monde des affaires. « Il s’imagine comme un théoricien du deal. Comme sa théorie est d’appliquer une pression maximale sur ses interlocuteurs pour les faire plier, son arme de choix va être l’ultimatum – un ultimatum maximaliste – afin d’obtenir des concessions aussi importantes que possible », constate Lauric Henneton, enseignant à l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, dans l’émission Tout un monde de la RTS.

Pourtant, sur la scène internationale, cette méthode n’est pas très concluante, estime l’ancien diplomate russe Alexandre Melnik. « La diplomatie, ce n’est pas un marché immobilier. Cet art du deal, qui pouvait fonctionner dans le business, en diplomatie, c’est du bluff. Donald Trump préfère l’annonce fracassante qui attire les caméras aux résultats », analyse le professeur de géopolitique à l’école de commerce ICN Business School.

Perte de crédibilité

Le président américain semble peu se soucier de l’efficacité de ses ultimatums. Il n’hésite d’ailleurs pas à les repousser avant même qu’ils n’expirent ou à les reculer et les conséquences en cas de non-respect du délai ne sont pas toujours précisées. La plupart du temps, Donald Trump renonce même à mettre ses menaces à exécution, sans donner d’explications.

Il y a un monde entre les menaces de Donald Trump et la réalité

Lauric Henneton, enseignant à l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Pour Lauric Henneton, ce comportement affaiblit la crédibilité du dirigeant. « Lorsqu’il dit quelque chose avec une rhétorique superlative et qu’au final, il ne fait rien, et qu’il a l’air en outre de faire des concessions lunaires, il perd toute crédibilité. C’est une source de ridicule et donc de faiblesse », juge le spécialiste, qui rappelle que Donald Trump vient de la téléréalité et des réseaux sociaux. « On se rend compte qu’il y a un monde entre les menaces et la réalité. »

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De son côté, le président américain ne considère pas ses reculs comme un signe de faiblesse. Multiplier les ultimatums, même sans passer à l’acte, lui permet d’affirmer sa puissance auprès de sa base.

« Il a l’art de se déclarer vainqueur de toute situation. Ses adorateurs en sont persuadés, et c’est tout ce qui compte. Peu importe l’issue d’un bras de fer, s’il déclare qu’il est gagnant, il l’est [à ses yeux], même si ce n’est absolument pas vrai, parce qu’il a un narcissisme qui défie toute concurrence », pointe Lauric Henneton, ajoutant que le président « a du mal à comprendre qu’un certain nombre d’interlocuteurs ne le prennent pas très au sérieux ».

Relations internationales bouleversées

Si les Iraniens n’ont pas cédé aux menaces de Donald Trump, les Européens semblent moins enclins à ignorer ses ultimatums. L’Union européenne est obligée de composer avec les Etats-Unis, leur partenaire militaire et commercial. Il est donc difficile de se montrer inflexible face à Donald Trump, car il est capable de passer à l’acte de façon imprévisible.

Donald Trump pense qu’il peut imposer sa force aux autres, au détriment de la loi

Alexandre Melnik, ancien diplomate russe

Cette stratégie, dite du fou, consiste à faire croire qu’il est prêt à commettre le pire et à maintenir ses adversaires dans le doute. Pour Alexandre Melnik, cela revient à imposer le chaos dans les relations internationales. « La multiplication des ultimatums est un signe d’ensauvagement des relations internationales. L’ultimatum est une arme diplomatique traditionnelle, il y en a eu bien avant Trump, mais il ne doit pas être la norme. La diplomatie est toujours une recherche de compromis », souligne-t-il.

« Aujourd’hui, l’ultimatum devient courant. Donald Trump en use et en abuse, parce qu’il pense qu’il peut imposer sa force aux autres, au détriment de la loi. Cela épouse l’évolution du monde, où la loi cède le terrain à la force. La diplomatie classique est aujourd’hui en lambeaux », conclut l’ex-diplomate russe.

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