Les réponses du Pr Serge Rozenberg, gynécologue à la Clinique de la ménopause du CHU St-Pierre.

La ménopause: un mal-être négligé?Pr Serge Rozenberg, gynécologue au sein de la Clinique du CHU St PierrePr Serge Rozenberg, gynécologue au sein de la Clinique du CHU St PierrePr Serge Rozenberg, gynécologue au sein de la Clinique du CHU St Pierre ©D. R.

Que faut-il savoir de la testostérone, de manière générale ?

Nous produisons tous de la testostérone, mais les hommes en ont plus que les femmes. Avec l’âge, cette hormone diminue mais chez l’homme, moins drastiquement que les œstrogènes chez la femme. Alors que l’andropause se caractérise par une diminution des androgènes (hormones sexuelles stéroïdiennes – principalement la testostérone – régulant le développement et le maintien des caractères masculins), la ménopause se caractérise par la diminution des hormones féminines, à savoir des œstrogènes et de la progestérone. Cette étape, qui est généralement moins marquée chez l’homme que chez la femme, joue effectivement un rôle dans le désir sexuel, l’érection et l’orgasme.

Qu’en est-il des androgènes chez la femme ménopausée ?

Après la ménopause, les ovaires continuent à sécréter des androgènes, sauf si l’on enlève les ovaires, bien sûr. Donc, en principe les androgènes diminuent moins que les œstrogènes chez la femme après la ménopause, sauf chez celles qui auront subi une ovariectomie (ablation chirurgicale d’un ou deux ovaires). On parle là de ménopause chirurgicale brutale.

Dans quels cas, un gynécologue peut-il être amené à prescrire de la testostérone sous forme de gel ?

Il faut avant tout savoir que, sauf exceptions, les traitements à base de testostérone n’ont pas d’indication pour la femme en Europe. Ils n’ont pas l’agrément du médicament par les autorités de santé, à l’exception de certains pays dont le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou encore l’Afrique du Sud où il y a une autorisation de mise sur le marché, notamment sous forme de crème (AndroFeme). Ceci dit, il peut arriver que nous, médecins en Belgique, prescrivions en deuxième ligne, un gel à base de testostérone dans de rares cas, chez des patientes qui se plaignent de manque de libido ou d’anorgasmie pour lesquelles le traitement plus classique à base d’œstrogènes et de progestérones s’est avéré insuffisant, ou disons non satisfaisant. Dans ce cas, le traitement est prescrit en très faible dose : soit d’un septième à un dixième de la dose recommandée chez l’homme. On préconise alors d’appliquer le gel une fois par semaine chez la femme contre une fois par jour chez l’homme.

« J’ai 15 ans quand le médecin me fait comprendre que je n’ai pas d’avenir en tant que femme. Plus tard, il me vante une intervention miraculeuse »

Que montrent les études en termes d’efficacité ?

Quelques essais d’études randomisées ont rapporté une légère amélioration au niveau de l’orgasme par rapport au placebo, mais vraiment ce n’est pas mirobolant. Raison aussi pour laquelle l’agrément n’a pas été donné, ni par la FDA (Food & Drug administration aux États-Unis), ni par l’EMA (Agence européenne des médicaments) européen à l’époque.

Face à une plainte de manque de libido chez une patiente ménopausée, que proposez-vous alors ?

En tant que gynécologues, après avoir exclu toute autre cause d’ordre médical, que ce soit physique ou mental (maladie, médicaments, dépression sous-jacente…), nous proposons d’abord d’aller voir un(e) sexologue. Si aucune réponse satisfaisante n’a été obtenue, il peut arriver que l’on prescrive un gel à base de testostérone, sachant qu’il reste le problème de l’innocuité, vu que l’on est quand même hors indication… Mais évidemment, il ne faut pas se tartiner de gel !

Quels sont les risques d’effets secondaires ?

On risque l’apparition de symptômes androgéniques, à savoir de l’acné, une pilosité excessive (hirsutisme), une voix grave… Pour les personnes qui font du sport de compétition, elles peuvent être accusées de dopage si elles recourent à cette hormone. Le profil du cholestérol peut aussi s’avérer moins bon, dans la mesure où la testostérone diminue le bon cholestérol (HDL). Ceci dit, si on respecte de faibles doses, les effets indésirables demeurent limités.

« Après la ménopause, le risque souvent sous-estimé de ces maladies chez les femmes rejoint et parfois dépasse celui des hommes »

Dans votre consultation, avez-vous eu des demandes en ce sens, suite aux vidéos des réseaux sociaux ?

Oui, mais relativement peu fréquemment comparé à mes confrères néerlandophones, qui rapportent en effet des cas d’influenceuses ayant vanté la testostérone comme une solution miracle aux problèmes de libido.

Outre la baisse de la libido et les symptômes classiquement associés à la ménopause, comme les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, l’insomnie, la prise de poids, la fatigue… quels sont les autres symptômes liés à cette étape de la vie peut-être moins souvent évoqués ?

Il y a la sécheresse vaginale qui est un symptôme important, avec parfois des douleurs pendant les rapports sexuels. Le brouillard cérébral, qui se caractérise par des difficultés de concentration, des problèmes de mémoire, une fatigue intellectuelle, une pensée plus lente… Les changements d’humeur sont aussi très présents chez certaines patientes, de même que les douleurs articulaires et une fonte de la masse musculaire. D’où l’intérêt de maintenir une certaine activité physique. Heureusement, toutes les femmes n’ont pas tous ces symptômes, lesquels peuvent apparaître un moment, puis disparaître, ou alors persister pendant des années. Tout cela reste fort variable d’une personne à l’autre.

Quelle est votre position, en tant que gynécologue au sein d’une clinique de la ménopause, en ce qui concerne les traitements hormonaux de substitution (THS) pour soulager les symptômes sévères chez la femme ménopausée ?

Si je devais résumer tout en une phrase, je dirais : « A utiliser si on en a besoin, clairement, et s’il n’y a pas de contre-indication ». Autrement dit, pour une femme qui coche un des symptômes que l’on vient d’énumérer ou qui a de l’ostéoporose, qui n’a pas de contre-indication et qui a une ménopause débutante, je crois qu’un traitement hormonal améliore la balance bénéficie/risque. En revanche, pour une patiente qui n’a aucun symptôme, qui n’a pas d’ostéoporose, la preuve est beaucoup moins prépondérante. Et donc là, il ne faut peut-être pas utiliser un traitement hormonal d’office, clairement. Chez nous, on estime à près de 40 % la proportion des patientes ayant des symptômes modérés à sévères et qui donc mériteraient d’être traitées, alors que seulement à peu près un quart d’entre elles prennent un traitement.