La place financière suisse doit prendre ses responsabilités en matière de protection du climat et de la nature, estime une alliance de la politique, de l’économie et des ONG. Une initiative populaire en ce sens, munie de plus de 145’000 signatures, a été déposée jeudi.

L’initiative populaire « pour une place financière suisse durable et tournée vers l’avenir » demande que des règles contraignantes s’appliquent aux activités financières internationales qui présentent des risques climatiques et environnementaux. Le comité estime que la Suisse est à la traîne en la matière. Les mesures prises jusqu’à présent, les solutions sectorielles volontaires et l’autorégulation sont peu efficaces et peu fiables.

« Nous ne pouvons plus nous permettre que des milliards transitent par la Suisse pour financer l’exploitation du charbon et du pétrole ou le déboisement des forêts tropicales », a déclaré le conseiller national Jon Pult (PS/GR), cité dans un communiqué. Les initiants avancent que la place financière suisse est responsable d’un volume d’émissions de CO2 bien supérieur aux émissions nationales totales.

Ils critiquent des transactions commerciales qui causent d’importants dégâts à l’étranger. La Suisse est un petit pays, mais sa place financière est un poids lourd à l’échelle mondiale, selon les initiants.

Et d’arguer que ces activités sont en contradiction avec les accords internationaux signés par la Suisse, comme l’Accord de Paris sur le climat. Elles sapent les efforts faits sur le territoire national pour préserver le climat.

Déjà de telles règles ailleurs

Il faut donc réorienter les flux financiers, de sorte à accélérer la transition vers une économie durable. De telles règles existent déjà dans d’autres places financières, comme à Londres, à Hong Kong ou à Singapour.

« Lorsque les fonds et les assurances destinés au pétrole, au gaz et au charbon se raréfient, le marché est modifié », a avancé le député Gerhard Andrey (Vert-e-s/FR). L’initiative « offre une opportunité de changement concret ». Elle fait en sorte que la place financière suisse reste compétitive, crédible et innovante à long terme, a ajouté la conseillère nationale Kathrin Bertschy (PVL/BE).

Sans cela, la place financière helvétique sera de plus en plus exposée aux risques. Elle pourrait ainsi perdre de son importance à l’échelle internationale, jugent les initiants.

Tous les partis représentés, sauf l’UDC

Le texte vise les banques, les compagnies d’assurances, les institutions de prévoyance et les autres acteurs de la finance. « La place financière doit être soumise aux mêmes valeurs et obligations que le reste de la société », a estimé le conseiller national Stefan Müller-Altermatt (Centre/SO). Il s’agit de fixer « des règles du jeu équitables pour tous ». L’initiative se limite aux opérations financières à l’étranger.

Concrètement, il est demandé que la Confédération prenne des mesures pour que les flux financiers respectent les normes internationales en matière de protection du climat et de la biodiversité. Ces exigences doivent s’appliquer à l’ensemble de la chaîne de valeur, et les émissions tant directes qu’indirectes des entreprises doivent être prises en compte.

L’initiative limite aussi le financement de projets d’énergie fossile. Une surveillance et des sanctions doivent aussi être instaurées, afin de garantir le respect des obligations. Des exceptions sont prévues pour les activités qui ont un impact minime sur l’environnement, comme celles des petites banques cantonales.

Le comité est composé notamment d’élus fédéraux actuels et anciens de tous les principaux partis, sauf de l’UDC. Il a lancé la récolte de signatures en novembre 2024.

ats/asch