A Lausanne, les chiffres de l’inspection du travail (ITL) pour l’année 2025 résonnent comme un rappel à l’ordre nécessaire. Sur les 414 contrôles menés l’an dernier, un point noir cristallise les inquiétudes des autorités: la non-conformité chronique des voies d’évacuation. Un tiers des magasins d’articles de mode et de décoration visités présentent des défaillances. Ce constat, bien que technique, touche à l’essentiel: la survie en cas d’urgence.
Une ligne de vie malmenée par la logistique
Dans les arrière-boutiques et les zones de stockage, la réalité du terrain se heurte souvent aux prescriptions légales. Entre la réception de marchandises et l’urgence des flux tendus, les issues de secours deviennent trop souvent des zones de stockage d’appoint.
Pour Laurent Mettraux, chef de l’ITL, le problème n’est pas seulement structurel, il est temporel. «Il y a différents organes de contrôle qui passent à un instant T. Et puis entre deux, il y a la vie de l’entreprise», explique-t-il. Pour lui, la conformité ne doit pas être une photo fixe prise lors d’une inspection, mais une exigence de chaque instant. «Si je prends l’exemple de magasins qui reçoivent des marchandises plusieurs fois par jour, l’environnement de travail change. Est-ce qu’on est vraiment adaptés? Est-ce que le personnel est formé?»
Au-delà de la norme incendie
Si l’actualité tragique du 1er janvier à Crans-Montana a braqué les projecteurs sur les risques d’incendie, Laurent Mettraux apporte une nuance importante: l’ITL agit sous l’angle de l’ordonnance sur la prévention des accidents (OPA), et non uniquement selon les normes incendie (AEAI). Une nuance qui ne change rien à la finalité: une voie encombrée peut s’avérer fatale, quelle que soit l’urgence. «Si une voie d’évacuation est encombrée et n’est pas accessible, tout simplement on ne peut pas sortir en cas de problème», résume-t-il avec sobriété.
Le message porté par la ville est clair: la sécurité ne doit plus être perçue comme une contrainte administrative, mais comme une composante de la culture d’entreprise. «Si les contrôles permettent d’informer les entreprises lors de la visite, il est de leur responsabilité de veiller à ce que les locaux demeurent conformes», martèle Emilie Moeschler, conseillère municipale chargée de la cohésion sociale. Ainsi, une porte de secours doit pouvoir s’ouvrir «en tout temps dans le sens de la fuite», un principe simple qui, dans le tumulte du commerce quotidien, semble s’éroder.
Anticiper dès la mise à l’enquête
Pour pallier ces manquements, l’ITL intensifie son travail en amont. En scrutant systématiquement les plans de construction lors des mises à l’enquête, les inspecteurs tentent de corriger les erreurs architecturales avant qu’elles ne soient figées dans le béton. Laurent Mettraux note d’ailleurs que de plus en plus d’architectes apprécient cet accompagnement facultatif, souvent méconnu.
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Alors que l’année 2026 verra l’ITL se concentrer sur la coordination entre entreprises partageant un même lieu de travail, le bilan 2025 sert d’avertissement. Dans une ville où le commerce et la restauration occupent une place prépondérante, la gestion des voies d’évacuation reste un défi de chaque minute. Car si l’inspecteur ne passe qu’une fois, le risque, lui, ne prend jamais de congé.