Depuis trois ans, la deuxième ville du canton de Vaud ne tolère plus le gris et le blanc pour les nouvelles habitations et les rénovations de façades. La population yverdonnoise se montre globalement enthousiaste, mais une partie du monde de la construction reproche aux services communaux de lui en faire voir de toutes les couleurs.
Au chemin de Beauregard, trois immeubles sont récemment sortis de terre. Les teintes choisies pour peindre les façades ne passent pas inaperçues: jaune, vert et bleu. « Y’a plus de couleurs maintenant qu’avant en ville d’Yverdon, » observe dans le 19h30 l’un des peintres sur le chantier.
L’effet est bien visible dans la Cité thermale. Depuis maintenant trois ans, les autorités communales ne tolèrent plus le gris et le blanc dans les quartiers d’habitations. A l’origine de cette démarche, la co-syndique Carmen Tanner.
« Le constat était clair: plus de 80% des demandes de mise à l’enquête de couleurs de façades étaient très ternes, blanches, pâles ou grises ». Et l’élue verte de plaider: « On perdait des couleurs dans notre ville, qui en avait, qui en a, et qui doit les garder! »
Inversement de tendance
Un changement de cap qui porte ses fruits: aujourd’hui les couleurs ternes ne représentent plus que 50% des demandes. Ces dernières sont généralement refusées par les services communaux, qui prient alors le demandeur de revoir sa copie, pour être plus en phase avec le nouveau règlement de la police des constructions.
Bannir le gris et le blanc, les architectes n’y sont pas fondamentalement opposées. Certains d’entre eux grincent en revanche des dents lorsque certains employés communaux interviennent sur le choix même de la couleur à retenir.
« On a eu des personnes qui étaient vraiment orientées sur le rouge ou sur le rose, et ça a déplu à nos maîtres d’ouvrage », relève Armando Pereira. L’administrateur d’Atelier Architectes SA déplore un manque de prise en compte de l’avis des propriétaires: « Ils se sentent un peu lésés puisqu’ils ne se sentent plus chez eux et n’ont plus l’autorisation de faire ce qu’ils aiment. »
Avenir coloré incertain
Et de ces teintes parfois très vives, qu’en pense la population? « C’est vivant! », se réjouit une Yverdonnoise. « Dégueulasse! », tranche un autre. « Peignons nos maisons de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel! » conclut un autre.
Cet été, la Municipalité d’Yverdon changera de camp. A voir donc si l’appel de cet habitant sera entendu par la droite, ou si elle optera pour une autre palette que celle de l’actuelle majorité rose-verte.
Yoan Rithner