En voulant rééquilibrer les coûts en rémunérant davantage la médecine de premier recours plutôt que médecine spécialisée, Tardoc mécontente les médecins spécialistes. Face à cette situation, certains d’entre eux n’hésitent pas à multiplier les rendez-vous médicaux pour compenser le manque à gagner.

Tardoc, le nouveau système de tarification des soins médicaux, remplace Tarmed depuis janvier 2026. Il génère des changements et des désagréments. Par exemple, certains patients doivent désormais aller deux fois chez le médecin spécialiste plutôt qu’une, pour le même traitement, a constaté l’émission On en parle.

Le coupable désigné par les médecins? Le nouveau système de forfaits pour les interventions chirurgicales ambulatoires. Certains actes effectués sur une même journée ne sont en effet plus facturables séparément. Pour compenser ce manque à gagner, certains médecins préfèrent alors agender un second, voire un troisième rendez-vous sur des jours différents afin de pouvoir les facturer en plus du forfait.

Une auditrice qui témoigne dans l’émission a été confrontée à ce problème. Elle devra faire deux trajets de trois heures – au lieu d’un – pour accompagner sa maman de 94 ans à des rendez-vous ces prochaines semaines. Le forum Tardoc romand montre aussi un échange où un médecin tente de savoir si, en organisant les rendez-vous sur deux jours, il est possible d’optimiser ses finances.

Deux rendez-vous pour deux grains de beauté

Interrogée dans l’émission On en parle vendredi, Me Anaïs Rossi, secrétaire générale adjointe et responsable du service juridique de la Société vaudoise de médecine, défend cette méthode.

« On entend dire que les médecins fractionnent les rendez-vous pour gagner plus d’argent, mais c’est l’inverse: ce sont les règles du Tardoc qui les obligent à le faire. Par exemple, un patient arrive chez son dermatologue avec deux grains de beauté suspects, un dans le dos, l’autre sur la jambe. Auparavant, les médecins les enlevaient durant la même séance et tout était facturé normalement. Aujourd’hui avec le Tardoc, il n’a pas le droit de facturer les deux interventions le même jour. Cela revient à faire la seconde intervention gratuitement. »

Les forfaits prévus ne seraient-ils donc pas suffisants pour que les médecins couvrent leurs charges? « Pour certaines spécialités oui, pour d’autres non », répond Anaïs Rossi.

Les patients et patientes, grands oubliés de l’affaire

Faire se déplacer les patients plusieurs fois, contourner le Tardoc et donc faire artificiellement augmenter les coûts de la santé, est-ce vraiment la solution? « Un cabinet médical est une petite entreprise. Il n’y a pas le Canton derrière pour éponger les pertes. Le médecin a trois choix: travailler à perte, arrêter de fournir la prestation ou réorganiser sa facturation dans le contexte strict de la loi », justifie-t-elle.

Contactée par On en parle, Prio.swiss, l’association des assureurs maladie, réagit en indiquant que seule une justification médicale permet de répartir les traitements sur plusieurs jours. Les prestations médicales doivent en effet respecter le critère d’économicité prévu dans la loi sur l’assurance maladie.

Sujet radio: Frédérique Volery et Bastien von Wyss

Adaptation web: Myriam Semaani