L’illustratrice Talel Aronowicz signe avec « Vol 111 – Sous les vagues » sa première bande dessinée, parue chez Helvetiq. Elle y raconte la mort de ses grands-parents dans ce crash aérien survenu en 1998 et les traces que la catastrophe a laissées dans sa famille.
Le 2 septembre 1998, l’avion Swissair 111 effectuant la liaison entre New York et Genève s’écrase dans l’océan Atlantique au sud-ouest d’Halifax au Canada, ne laissant aucune chance de survie aux 229 personnes à bord.
Ce dramatique accident, le plus meurtrier de la compagnie Swissair, a marqué le pays tout entier, laissant de nombreuses familles endeuillées, comme celle de Talel Aronowicz, qui a perdu ses grands-parents. Alors âgée de 7 ans, elle ne conserve que de vagues souvenirs de cette époque. « Je comprenais ce qui se passait, mais pas la gravité de la situation, ni ce que vivaient ma mère et mes proches à ce moment-là », raconte-t-elle dans le 12h30 du 14 avril.
>> A écouter, l’interview de Talel Aronowicz à propos de sa BD « Vol 111 – Sous les vagues » : L’invitée du 12h30 – Talel Aronowicz raconte en BD son deuil après le crash du vol Swissair 111 / Le 12h30 / 9 min. / mardi à 12:42 Un sujet tabou
Particularité de son histoire familiale, ce chapitre tragique devient rapidement un sujet tabou. « Je pense qu’on avait peur de remuer des choses douloureuses. Pour survivre et pour avancer, ma mère avait besoin de se concentrer sur le quotidien, de s’occuper de ses enfants. Petit à petit, le silence s’est installé, plus personne n’osait vraiment aborder le sujet. Et 25 ans plus tard, je me suis rendu compte que je n’avais même pas raconté cela à mes amis. Je me suis dit que j’avais besoin d’en savoir un peu plus et de poser des questions à ma famille », explique Talel Aronowicz.
Pour briser ce silence familial, celle qui a exercé le métier d’avocate avant de ranger sa robe pour se tourner vers le dessin décide de raconter cette histoire dans une bande dessinée. Pour elle, il s’agit du médium parfait, moins direct qu’un podcast ou qu’un enregistrement vidéo. Le dessin lui permet de prendre de la distance et de transmettre les événements selon sa propre perception.
Une planche de « Vol 111 – Sous les vagues », de Talel Aronowicz. [Editions Helvetiq] Accéder à l’histoire de ses origines
Toutefois, la démarche n’a rien d’évident. Au début du projet, Talel Aronowicz n’ose pas en parler à sa mère, de peur qu’elle ne se ferme. « Elle a un peu réagi comme ça au début. […] Et petit à petit, nous avons discuté, et j’ai eu un accueil incroyable, donc je suis hyper heureuse. […] Le fait d’avoir pu parler de cet accident m’a aussi permis d’accéder à l’histoire de mes grands-parents, à leurs vies, à des anecdotes, et donc de comprendre un peu plus mon histoire personnelle », explique l’illustratrice.
Une planche de « Vol 111 – Sous les vagues », de Talel Aronowicz. [Editions Helvetiq]
Au final, cette plongée dans son histoire personnelle a permis de briser le tabou autour de la mort de ses grands-parents. « Pendant longtemps, ce drame a été très loin et presque un peu abstrait », livre-t-elle. « Là, tout d’un coup, il est très présent parce que ça fait deux ans que je travaille sur cette bande dessinée, que je pose des questions, pas seulement à ma mère, mais aussi à mon oncle, à ma tante. Il y a beaucoup d’émotions qui ressurgissent, mais j’ai l’impression que la parole s’est un peu libérée. Et c’était aussi l’objectif de ma démarche ».
Propos recueillis par Marielle Savoy
Adaptation web: Melissa Härtel
Talel Aronowicz, « Vol 111 – Sous les vagues », éditions Helvetiq, avril 2026.