Après « La Princesse de Clèves » de Madame de La Fayette et « Indiana » de George Sand, Claire Bouilhac s’est emparée de « Gigi », une nouvelle de Colette, pour la transposer en BD, aux côtés de Catel, sa comparse de longue date. Une plongée dans la bonne société du Paris de la Belle Epoque.

« Gigi », c’est le surnom de Gilberte, une jeune fille de 15 ans, qui grandit à Paris, aux côtés de sa mère, chanteuse à l’Opéra-Comique et de sa grand-mère, Mamita. Déçue par les amours sans gloire de sa fille, Mamita reporte ses espoirs sur Gigi, qu’elle éduque avec sa soeur, Alicia, une ancienne courtisane aux principes rigoureux. Gigi doit avoir les bonnes coiffures, porter des bijoux de premier ordre et surtout ne pas fréquenter les gens ordinaires.

Malgré ce carcan étouffant, la jeune fille parvient à garder un côté frais et espiègle qui ne va pas laisser de marbre son « tonton » Gaston Lachaille, riche héritier et ami de la famille. Plus âgé qu’elle, ce noceur invétéré, habitué au luxe et à la frivolité, va tomber amoureux de Gigi.

Des figures féminines inspirantes Couverture de la bande dessinée "Gigi" de Claire Bouilhac et Catel. [Dargaud] Couverture de la bande dessinée « Gigi » de Claire Bouilhac et Catel. [Dargaud]

Cela fait près de vingt ans que les dessinatrices Claire Bouilhac et Catel Muller collaborent et le fil rouge de leur travail est leur amour pour les figures féminines et féministes de la littérature française.

En 2009, elles sortent « Rose Valland, capitaine Beaux-Arts » (Dupuis), aux côtés de l’historienne Emmanuelle Polack, une BD qui raconte comment une attachée de conservation au Jeu de Paume a recensé, dans le plus grand secret, les oeuvres d’art volées aux Juifs pendant l’Occupation allemande.

Suivra « Adieu Kharkov » (Dupuis) sur l’incroyable destin de la mère de l’actrice Mylène Demongeot, de son enfance ukrainienne et ses voyages en Russie et en France en passant par la Chine, refusant tout carcan. Les deux dessinatrices vont ensuite travailler sur des adaptations de textes littéraires écrits par des autrices françaises: Madame de La Fayette, George Sand, Colette. Pour chaque album, Catel s’occupe du prologue et de l’épilogue, mettant en lumière des pans de vie de l’autrice, tandis que Claire Bouilhac gère la partie sur l’oeuvre adaptée.

Une dessinatrice inclassable

Ce qui attrape le regard dans « Gigi », c’est une certaine douceur dans le trait de Claire Bouilhac. Comme l’intrigue se déroule à la Belle Epoque, la dessinatrice française s’est beaucoup amusée avec les décors, les ambiances et les vêtements de cette période.

>> A écouter, la chronique de Vertigo consacrée à Claire Bouilhac : Qui es-tu Claire Bouilhac ? / Vertigo / 4 min. / lundi à 17:10

« J’ai travaillé pas mal dans le dessin animé et j’ai gardé des petites habitudes que je trouve pratiques, comme par exemple avoir toujours mes personnages principaux sur mon mur », confie Claire Bouilhac dans l’émission Vertigo du 13 avril. « Je les ai de face et de profil, comme ça je me souviens de quel côté est la raie des cheveux de mes protagonistes ou d’autres petits détails qu’on pourrait oublier. Pour ce qui est du reste, j’ai des dossiers, ça se fait beaucoup sur mon ordinateur. J’aime bien me faire des petits dossiers sur les robes, les lieux, la mode masculine ».

Claire Bouilhac ne se contente pas de faire du dessin semi-réaliste. Sur d’autres projets, son trait est totalement différent, notamment dans la série politiquement incorrecte nommée « Francis ». Avec le scénariste Jake Raynal, elle a croqué avec son trait vif en noir et blanc un blaireau farceur aussi lâche que cynique, à qui il arrive tout un tas de mésaventures désopilantes.

Sarah Clément

Claire Bouilhac et Catel, « Gigi », éditions Dargaud, mars 2026.